La chronique du week-end #16 – internet et la curation racontés à ma grand-mère

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Tiens, depuis que j’ai commencé à faire mes petites chroniques du week-end en ligne, il est un thème que j’ai à peine abordé, c’est celui d’internet lui même. Qu’à cela ne tienne, je vais m’en charger pas plus tard que dès aujourd’hui. Je ne manque pas de ressources sur la question, le plus compliqué, ce sera juste de faire le tri.

A vrai dire, ça n’est pas tout à fait par hasard que je choisis ce sujet aujourd’hui. Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que j’ai reçu cette semaine sur Facebook une demande d’ajout de ma grand-mère. Sans pour autant dévoiler son identité, je vous dirai simplement que c’est la mère de ma mère – étonnant non ? – qu’elle est née et vit en Bretagne et qu’elle fêtera cette année ses 82 ans. Alors, certes, j’avais déjà eu l’occasion de constater qu’elle maitrisait très bien l’envoi des emails, l’affaire était entendue, mais cette invitation Facebook… je me dois d’être franc… j’ai été plutôt bluffé. J’y vois une preuve de plus de ce qu’on entend un peu partout et de plus en plus, internet touche aujourd’hui tous les milieux et toutes les générations. Et pourtant au départ… c’était loin d’être évident.

La deuxième raison qui me donne envie d’écrire ce billet, c’est la découverte toute récente que j’ai faite d’un terme – et derrière le terme, d’un concept – dont on commence à entendre parler pas mal sur la toile. A tout le moins, dans les milieux autorisés. Mais si, vous savez bien, ces endroits où l’on s’autorise à penser… Bref, ce terme-concept, c’est la curation. En anglais dans le texte. Et en français aussi, en fait, dans la mesure où il a été adopté tel quel, malgré la préexistence du mot curation dans notre langue, et son sens médical sans rapport aucun avec celui qui va nous intéresser aujourd’hui. Enfin, notez, des rapports, avec un peu d’imagination, on pourrait en trouver entre à peu près tout et pratiquement n’importe quoi… mais le risque serait important de tomber lourdement dans la capillotraction caractérisée. Je m’abstiendrai donc.

Je ne sais pas vous, mais j’ai personnellement découvert internet en 94, avec notre premier abonnement Wanadoo à la maison, via un modem 33.6k à la mélodie si… je cherche l’adjectif… harmonieuse ? Pour ceux qui n’ont pas connu ou qui ne s’en souviennent pas, petite piqure de rappel. Si vous étiez connectés à cette époque, vous vous rappelez sans doute de la jungle qu’était internet. Il faut dire que… Google n’existait pas. Sans rentrer dans les détails, nous étions face à une masse encore presque quantifiable de “pages personnelles”, au style graphique souvent douteux, répertoriées tant bien que mal sur ce qui s’apparentait bien plus à des annuaires qu’à des moteurs de recherche tels que nous les connaissons aujourd’hui, en tête desquels… un certain Yahoo!

Rassurez vous… je ne vais pas m’amuser à faire tout un historique d’internet. D’autres l’ont déjà fait bien mieux que je ne le pourrais. Mais permettez moi simplement une petite synthèse pour introduire le concept du jour.

Au départ donc… un fatras de pages personnelles par une poignée de geeks de la première heure – j’imagine que je dois légitimement m’inclure dedans -, à peu près introuvables sauf à avoir lu l’adresse dans une revue ou au hasard d’un annuaire. Explosion de couleurs criardes, de titres en Comic Sans MS, de gifs animés dans tous les sens… et on aimait ça. Les spécialistes parleront de l’époque du “Few-to-Many” – en français : de peu vers beaucoup – où quelques créateurs de pages œuvraient pour un nombre grandissant de surfeurs passifs.

Puis la chose s’est démocratisée. Nous sommes passés à une situation plus proche du “Many-to-Everybody” – de beaucoup vers tout le monde. De plus en plus de gens se sont mis à faire des sites. Et progressivement, sans nous en rendre compte, nous sommes même entrés dans l’ère du fameux web deux point zéro, le web participatif, “Everybody-to-Everybody”.

A chacun sa part du territoire internet. Tout le monde peut s’inscrire sur Facebook – même ma grand-mère – et entrer en contact avec ses connaissances partout dans le monde, publier de ses nouvelles, laisser des commentaires sur celles des autres, sur leurs photos… Tout le monde peut mettre une vidéo sur Youtube, Dailymotion, ou n’importe quelle autre plateforme de partage de vidéos. Tout le monde peut ouvrir un blog, le plus simplement du monde, en 5 minutes.  Tout le monde peut ajouter des articles ou les compléter sur Wikipédia – sous réserves de respecter la charte, évidemment… Internet est ouvert à tous. Il ne tient qu’a vous d’y participer.

Un des derniers gros acteurs a avoir émergé sur la toile est Twitter. Ce réseau social, que j’ai dans un premier temps vu comme un clone de Facebook plutôt limité, est en réalité, je m’en rend bien mieux compte aujourd’hui, bien plus que ça. Je vais y revenir.

Google règne en maître sur cet univers. Digérant tout le contenu accessible quasiment en temps réel, de sorte que vous pouvez trouver sans effort un article publié dix minutes plus tôt traitant d’un évènement qui date d’il y a un quart d’heure. Enfin quand je dis un article… il faut généralement compter en dizaines si c’est un sujet d’importance, si vous voyez un peu où je veux en venir…

L’informaticien que je suis ne peut qu’être fasciné par tout cela. le citoyen aussi, du reste. Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui des rôles déterminants dans les mouvements, sociaux eux aussi, du monde entier. En Iran, en Tunisie, en Egypte… ils font trembler les pouvoirs en place, quand ils ne font pas, même, tomber des dictatures. On pourrait penser alors que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oui mais… non. Avez vous lu ma chronique numéro 5 sur la masse grandissante d’information dont on nous abreuve ? Si la réponse est non, je ne vous félicite pas. Mais il n’est pas trop tard pour le faire. Je le disais un peu plus haut, aux débuts d’internet, faute de moyens réellement efficaces d’indexation et de recherche, il était compliqué de trouver ce que l’on cherchait. En 2011, du fait de la masse de pages créées quotidiennement sur tout et n’importe quoi, trouver l’info pertinente que l’on recherche… peut finalement se révéler tout aussi périlleux.

Arrêtons nous un instant sur les deux plus gros réseaux sociaux de notre époque, Facebook et Twitter. Sur le premier, l’idée de base est d’établir un contact virtuel avec les gens que l’on connait. Famille, amis, collègues… on se trouve, on se lie sur le réseau, et on peut alors partager ses états d’âme, compte rendus de vacances ou opinions sur sa direction – avec le risque, aujourd’hui connu, de se faire licencier. L’utilisateur lambda doit avoir entre cinquante et cent contacts en moyenne qui ne sont en général pas “actifs” tout les jours. Bref, en principe, on arrive à peu près à suivre – j’entends par là, à parcourir en diagonale toutes les publications et à repérer celles qui nous intéressent.

Twitter est aussi un réseau social, mais avec deux différences majeures. La première, c’est qu’on ne crée pas uniquement des liens avec des personnes que l’on connait IRL – “In Real Life”, soit en français, “dans la vraie vie”. Sur Twitter, on peut s’abonner aux “tweets” de n’importe qui nous paraissant intéressant. Comprenons nous bien, la notion d’abonnement ne sous entend pas de souscrire quelque contrat que ce soit… Il s’agit juste de cliquer sur un bouton pour signifier que l’on désire voir sur son mur d’actualités – ce qu’on appelle la “TimeLine” – toutes les publications du compte auquel on s’abonne. La deuxième différence, c’est donc ce concept de tweets, messages courts de 140 caractères maximum, l’unique chose que l’on peut publier sur le réseau. Dans l’idée de base, point de vidéos ou de photos, des messages courts et puis c’est tout. Dans les faits… c’est un peu différent, les tweets servant très souvent à partager des liens vers des articles que l’on vient de trouver.

Supposons, par exemple, qu’on s’intéresse à la politique et à l’actu. Une fois créé son compte Twitter, on peut commencer par s’abonner aux tweets des différents journaux et partis politiques présents sur le réseau – soit tous, grosso modo. Au delà des partis, on peut aussi s’abonner aux tweets de personnalités politiques elles mêmes. Il reste toujours à prouver que ce sont bien eux qui les écrivent, mais la question n’est pas là, tant que les publications sont pertinentes… Ceci faisant, on peut facilement avoir déjà une trentaine ou une quarantaine d’abonnements. Et on n’est qu’au premier jour.

Une autre caractéristique importante de Twitter, c’est la possibilité de retweeter. Autrement dit, quand on lit un tweet intéressant, en un clic, on peut le republier à destination de tout les gens abonnés à nos publications. Donc… si vous me suivez… quand on s’abonne à un compte intéressant, on peut aussi voir ses retweets, autrement dit des publications d’autres comptes qu’il a trouvé intéressantes. Partant de là, on peut aller voir toutes les publications de ce compte que l’on ne connaissait pas, et si il s’avère que l’on aime bien ce qu’il publie, on peut s’y abonner.

Je vous laisse imaginer le nombre de comptes auxquels on peut rapidement se retrouver abonné. Et étant donné que la simplicité de Twitter incite à partager beaucoup de choses… En moins de temps qu’il n’en faut pour le lire… on se retrouve un peu noyé.

On retombe un peu sur le problème de la chronique numéro 5. Vous l’avez lue entretemps non ? Parce que si vous ne faites pas d’efforts hein… on ne va pas y arriver ! Trop d’infos, tue l’info. Et c’est là qu’intervient ce fameux nouveau concept que j’évoquais en introduction. La curation. J’ai été un peu long pour y arriver, mais vous comprendrez qu’il fallait bien que je plante le décor.

Dans le vocabulaire anglo-saxon, le “curator” désigne en gros un conservateur, dans une galerie ou un musée par exemple. C’est celui qui va faire un travail de veille et de rassemblement de différentes œuvres d’un artiste ou autour d’un thème donné. Sur internet, le rôle du curateur, sera un peu similaire. Partant d’un sujet particulier, il va s’agir de faire un tri dans la masse d’articles, issus de journaux en ligne, de blogs, ou de n’importe où ailleurs, afin de mettre à disposition des personnes intéressées ce que l’on aura jugé comme le minimum réellement utile et pertinent. N’allez pas croire que ce rôle est l’apanage de quelques happy few. Je vous rappelle que nous sommes dans le web 2.0. Everybody-to-Everybody. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de plateformes – des plateformes de curation, donc – a émergé sur internet de sorte que nous pouvons tous aujourd’hui être des curateurs.

Comme je vous le disais, je viens juste de découvrir le phénomène, dans la mesure où on commence à pas mal en entendre parler. Je manque donc de recul pour exprimer un point de vue dessus. Je le ferai éventuellement dans une prochaine chronique, maintenant que vous savez de quoi on parle – merci qui ? Je peux toutefois vous donner quelques illustrations pour que vous vous représentiez la chose.

Commençons par le site Paper.li, par exemple. Une page un peu au hasard, Le Journal de l’Environnement. Qu’est ce donc ? Et bien cette page correspond au compte d’une personne, intéressée selon toute vraisemblance par l’environnement, et qui compile ici, via les fonctionnalités de cette plateforme, les publications de plusieurs personnes qu’elle a sélectionné et qui traitent de l’environnement. Comme le libellé l’indique, la chose s’apparente à un vrai journal, et la personne qui a crée le compte joue d’une certaine manière un rôle de rédacteur en chef.

Prenons un autre exemple. Une plateforme française tout récemment créé, nommée Scoop.it!. Petite vidéo de présentation – en anglais.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Bnr6QKKcsII[/youtube]

Je ne sais pas si vous percevez l’idée mise en avant. Elle est toute simple. C’est la possibilité pour tout le monde d’administrer un site, sans avoir rien à dire, et sans même avoir quoi que ce soit à écrire. Il est simplement question de compiler des liens ou des articles sur un sujet donné, et de partager cette compilation.

Je ne vais pas développer d’avantage aujourd’hui. Ce billet est déjà bien long. Mais j’y reviendrai avant longtemps, quand j’aurai un peu plus digéré la chose. Si j’ai pu quelque peu éveiller votre intérêt… n’hésitez pas à y penser d’ici là… La curation, concept génial pour faire un peu de tri dans l’immensité internet, ou porte ouverte à toujours plus de “pollution” ?

Je vous pose la question. Parce que moi, pour le moment… je ne le sais pas…

(Pour avancer un peu dans la réflexion, je vous recommande déjà la lecture de ce petit billet amusant : http://owni.fr/2011/02/13/non-a-la-curation/)

La bande dessinée du jour – Notre mère la guerre (Maël – Kris)

Notre mère la guerre / Maël - Kris

Notre mère la guerre / Maël - Kris

J’ai les tomes 1 et 2 de cette série depuis un bon moment – les deux en édition originale, pour vous dire – et ils attendaient patiemment le moment où je les lirais. C’est désormais chose faite, et ce pour mon plus grand bonheur. Car s’il est entendu que la guerre est une saloperie… elle peut après coup donner lieu à d’émouvants récits, comme celui-ci.

La guerre dont il est question ici, c’est celle des tranchées, des poilus. La première guerre mondiale. L’action se déroule en janvier 1915, en Champagne, au niveau du front. A trois reprises en peu de temps, on a retrouvé des femmes assassinées, sans mobile évident. Le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est chargé de mener son enquête.

“Mais lui a-t-on dit à votre Général que les gendarmes sont des militaires ?” / “Des militaires oui… mais pas des soldats…”

Notre mère la guerre / Extrait

Notre mère la guerre / Extrait

Le front, Vialatte l’a lu dans les ouvrages de poésie qu’il affectionne… dans les Misérables, où Gavroche, tombant sur les barricades, incrimine Voltaire et Rousseau… mais jusqu’alors, il n’y a jamais mis les pieds. Rude sera le choc.

“Mon Lieutenant !” / “Oui ?” / “Les livres mentent, et ceux d’Hugo les premiers. Quand on meurt sur la barricade ou dans la tranchée, on ne chante pas. On chie dans son froc.”

C’est donc une plongée violente dans la réalité de la guerre. Le froid… la boue… qui ne sont rien à côté de la trouille. Pilonnages aveugles à coup d’obus, dans un camp comme dans l’autre, pour le contrôle de “quelques champs de patates”…

Mais Vialatte n’est pas ici pour contempler. Il a une enquête à boucler. Un tueur de femmes innocentes à démasquer…

Très franchement, cette série “Notre mère la guerre” – deux tomes parus à ce jour sur les trois prévus – est un petit bijou. Entre les superbes textes de Kris, quittant régulièrement le style purement narratif pour se laisser aller à la poésie, et le dessin à l’aquarelle de Maël – qui avait déjà mis en images la série en deux tomes “Les rêves de Milton” que j’avais déjà beaucoup appréciée – nous sommes sans doute face à des ouvrages parmi les plus aboutis sur le thème.

Du reste, l’éditeur, Futuropolis, est connu, me semble t-il, pour sortir de nombreux petits chefs d’œuvres…

Bref, sans réserve, je conseille la lecture du tome 1 – Première complainte – et du tome 2 – Deuxième complainte – de “Notre mère la guerre”. Pour approfondir de la plus belle façon qui soit votre vision de la cette guerre des tranchées qui, quatre ans durant, coûta la vie à de si nombreux soldats, et brisa celle de nombre des survivants. Le tome 3 devrait vraisemblablement sortir cet été. Il devrait sans nul doute être au niveau des deux premiers. Je ne manquerai pas de vous en tenir informés.

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD « Notre mère la guerre » en commentaire.

La bande dessinée du jour – Valentine Pitié (Benn) Tome 2 / Le bras du chapitre

Valentine Pitié - Tome 2 - Le bras du chapitre

Valentine Pitié - Tome 2 - Le bras du chapitre

Je n’aurai pas eu longtemps à attendre après la lecture du premier volet pour trouver chez un de mes libraires habituels ce second et dernier tome des aventures de Valentine Pitié. C’est en effet le 4 février dernier que celui-ci est paru. Ayant aimé le premier, je me suis évidement jeté sans hésiter dessus.

Valentine a quitté le Yukon et les grandes étendues glaciaires. Elle s’en retourne dans la grande maison familiale du côté de Créteil, en pleine crue de la Seine. Faisant la connaissance des frères Delaroche, Lucien et Emile, deux passionnés d’aéronautique, elle va rapidement mettre le doigt dans l’engrenage.

Dans l’univers résolument masculin de la conquête de l’air, Valentine va s’échiner, une fois encore, à faire plus que de la figuration.

Je vais être très honnête, malgré le thème, j’ai le sentiment que cette mini série n’a pas réussi à prendre son envol. Car oui, ce deuxième tome m’a un peu déçu. Le graphisme, plutôt atypique, est toujours agréable, avec une jolie coloration. En revanche, j’ai eu bien plus de mal à accrocher à l’histoire qui, pour moi, manque vraiment de relief. Le scénario a t-il été écrit trop vite ? Je ne sais pas. Mais j’ai vaguement l’impression qu’il manque d’une certaine maturité.

Non que tout soit à jeter dans cet album, loin de là. Nous retrouvons des personnages attachants, et le thème de l’aviation est une base intéressante. Mais en fin de compte j’ai tout de même trouvé l’aventure assez banale… alors que le tome précédent avait su faire preuve d’une belle originalité. Vraiment dommage.

Au final, pour résumer, je dirai tout de même que ces deux albums contant le destin hors norme de Valentine Pitié constituent une lecture agréable, le premier m’ayant bien plus séduit que le second. N’hésitez pas à donner également votre avis si vous les avez lu…

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD « Valentine Pitié – Le bras du chapitre » en commentaire.

La chronique du week-end #15 – Qui ne sait rien, de rien ne doute.

Mona Lisa par Dali - 1954

Mona Lisa par Dali - 1954

Salut lecteurs. Je vais être direct, tel que vous me lisez, je suis en plein désarroi. J’ai le profond sentiment que le monde nous échappe. Une impression tenace que plus rien n’est sous contrôle. Il semble que désormais tout soit possible, sans limite… Les repères disparaissent… Les derniers phares s’écroulent. Je ne sais pas vers quoi nous allons, mais je suis lentement mais surement gagné par la peur.

Pour vous dire, j’ai perdu toute certitude quand au fait qu’il reste encore un pilote dans l’avion. Enfin, entendons nous bien, ce n’est qu’une façon de parler. Il est bien évident que les jets qui promènent gracieusement nos ministres en vacances ne décollent pas tout seuls… Mais alors même que la vague révolutionnaire prend de l’ampleur, on dirait bien que le monde dérive.

Vous voulez des exemples ? Aucun problème. Je n’ai qu’a piocher dans les dépêches qui sont tombées cette semaine.

Pour commencer, des chercheurs italiens viennent de déclarer que la Joconde serait un homme. Rendez-vous compte. Peint à l’aube du XVI ème siècle par Léonard de Vinci, accroché pour la première fois au Louvre en 1798, des millions de personnes viennent admirer chaque année le portrait de celle que l’on prenait jusque là pour Mona Lisa. Et voila l’hypothèse remise en cause.  Il s’agirait en fait de Gian Giacomo Caprotti, le jeune assistant de Léonard, que l’on soupçonne également d’avoir été longtemps son amant. La ressemblance entre les portraits certifiés du garçon et l’œuvre la plus connue au monde ne laisserait aucun doute… quel choc. Les plus grands experts en Joconde en restent  joconds. Notez… si c’était vrai… inutile de s’interroger plus longtemps sur la signification du fameux sourire énigmatique… le Giacomo se gausse simplement de notre erreur depuis cinq siècles.

Quoi d’autre ? Accrochez-vous bien. Carla Bruni Sarkozy, la première dame de France, l’a déclaré officiellement, elle n’est plus de Gauche. Non non, je ne plaisante pas. Son annonce est sans ambiguïté. Il vous faudra sans doute un peu de temps pour digérer la nouvelle. Moi même, je vous l’avoue, je m’en remets difficilement. C’est inimaginable… je n’ai rien vu venir… Alors certes, comme c’est brillamment exprimé dans la chronique de François Morel de vendredi dernier, le paysage politique français s’en trouve totalement bouleversé. Ça va être compliqué, mais il nous faut accepter les choses comme elles sont et trouver malgré tout la force de rebondir.

Ça ne vous suffit pas ? Il vous en faut encore ? Mais allons y… Le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel, lance l’ambitieux projet d’apprendre le calcul mental à l’école primaire. Quelle claque mes amis. Sans déconner, jusque là je pensais naïvement que depuis Jules Ferry c’était déjà le cas… Additions, soustractions, tables de multiplications récitées par cœur… Je réalise aujourd’hui à quel point j’étais dans l’erreur, et combien j’ai été éduqué dans un établissement des plus privilégiés ! Bang ! Une certitude de plus qui vole en éclat. Ça fait déjà beaucoup. Ne nous voilons pas la face, cette semaine laissera des traces…

Allez, une petite dernière. La Voix du Nord nous en a apprit une belle. Chez Tati, utiliser ses bons d’achat cadeau pour… ben pour faire des achats… peut conduire à votre licenciement. Comme je vous le dis. J’en suis effaré. Je me demande, du coup, si je ne cours pas un trop gros risque, moi qui me balade chaque jour avec sur moi un carnet de Tickets Restaurant ! Très honnêtement, je ne suis pas sur de résister à la tentation de m’en servir pour me payer à manger un jour ou l’autre. Et je ne tiens pas spécialement à avoir des ennuis… Je devrais peut être envisager de m’en débarrasser sans attendre.

Sacrée semaine. Et il faut se rappeler que le mois de janvier n’avait déjà pas été triste. Éclatait au grand jour une sinistre vérité : se soigner tue. Et oui, la chose est quelque peu bouleversante. On savait pour le tabac, l’alcool, la vitesse et la guerre… On se doutait pour la malbouffe et le cyclisme de haut niveau… Et bien sur la liste des choses mortelles, il faut maintenant rajouter les médicaments. Si vous en avez chez vous, je vous appelle à la prudence, sérieusement. Enfin, sauf pour l’homéopathie. Étrangement, elle ne semble pas concernée pour le moment.

Je vous le disais en introduction, la situation nous échappe. A tel point que je commence à douter de tout. Et si le temps n’était pas de l’argent ? Et si le travail n’était pas la santé ? Et si la disparition du chat de la mère Michel n’était qu’une sombre affaire d’arnaque à l’assurance ? Dites moi… Que croire ? Qui écouter ? Je ne sais pas… je ne sais plus… je suis perdu. Comprenez moi. Sous une carapace d’homme solide, j’ai ma fragilité. Et comme tout le monde, j’ai besoin de repères. Mais le temps passe et à ce rythme, je n’en aurai bientôt plus.

A un moment donné, pour aborder un autre sujet, j’avais cru comprendre qu’un des volets de la politique menée dans notre pays était de montrer la réussite en exemple. Je dis bien “j’avais cru”. Parce que dans les faits… je n’ai pas vraiment l’impression que ce soit le cas. Sinon il va falloir m’expliquer un phénomène étrange… Pourquoi nous les briser en discutant de la prestation minable de l’équipe de France de Football en Afrique du Sud pendant des mois, et classer le dossier du quatrième titre de Champions du Monde de l’équipe de France de Handball en deux jours ? Hein, pourquoi ? Tout ça n’a aucun sens… Si ce n’est éventuellement que les jeux de mains ne sont que des jeux de vilains. Mais même ça… depuis le but de Thierry Henry… j’en doute fortement…

Je pense que vous l’avez compris : j’ai grand besoin de certitudes. Des petites choses toutes simples. Savoir par exemple qu’en hiver, sur les Alpes, tombe la neige, me rassurerait. Vous dites ? Il n’y a que le soleil qui brilloit ? Damned. Vous ne m’aidez vraiment pas…

Autre chose alors. Il serait bon d’être sûr que le sens de l’honneur et de la dignité priment encore sur la soif de pouvoir. Que, de fait, mensonges et scandales à répétition conduisent les responsables politiques à démissionner. Non plus ? Mais alors quoi à la fin… Ce pourrait-il que la loi ne stipule pas ? Que le Coca-Light soit bien plus mauvais que le Coca ? Que le nucléaire ne soit pas une énergie propre ? Que le père Noël… Vous me fatiguez ! Je crois que je vais arrêter de discuter avec vous. Vous ne vous en rendez peut être pas compte mais vous êtes beaucoup trop négatifs.

Au lieu de ça je vais me dépêcher de conclure cette chronique et d’aller me coucher pour faire une bonne nuit. Car l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Demain j’irai célébrer la valeur travail. J’en ferai plus pour gagner plus. Et je consommerai gaiement pour générer de la croissance. Et finies les prises de tête. Le bonheur est à la portée de qui se donne un peu les moyens. D’ailleurs pourquoi vous n’en feriez pas autant ? Je vous pose la question… Parce que pour l’heure franchement moi… Je vous le dis comme je le pense… Je ne sais vraiment plus rien…

PS : j’ai emprunté le titre de ce billet à Pierre Gringore.