Certains l’aiment ronde parait-il. Grand bien leur fasse. En tout cas Julien, pendant des années, s’est couché avec un globe terrestre. Bien plus tard, profitant de l’occasion, et afin de “[s]‘assurer que les informations contenues dans les atlas étaient correctes”, il est parti tailler la route. Son premier roman, “Gringoland”, narrait son périple entre Amérique du Sud et États-Unis. Avec “Touriste”, ce sont de nombreuses autres destinations qui nous sont contées. Pour qui aime voir du pays, il est normal de commencer par travailler pour voyager. Parvenir à la situation inverse, et pouvoir malgré tout se la jouer touriste régulièrement s’apparente à un rêve. Le rêve éveillé du petit gamin qui s’endormait Terre à la main.
Julien est journaliste. Julien est envoyé aux quatre coins du monde. Tout porte à croire, du reste, que Julien a un bon fond car il se fait un plaisir de partager avec nous ses meilleurs anecdotes de vadrouille, et ça, c’est très bon.
Si vous avez lu “Gringoland” et “Comment devenir un dieu vivant”, vous connaissez déjà un peu le style sans prétention du monsieur. Quand je dis sans prétention, n’allez pas vous imaginer un semblant de littérature au rabais qui trouverait chic de s’assumer comme telle, vous seriez complètement dans le faux. Je parle simplement d’un style léger, agréable, jamais pompeux et diablement efficace, auquel s’associe un humour moqueur qui, du fait sans doute de la charité bien ordonnée de Julien, le vise en premier lieu. Personnellement, j’adore ça.
“Nous sommes neuf dans une Peugeot 504 break. Je suis coincé entre un vieux barbu taiseux et un Touareg enrhumé. J’ai un poulet sur les genoux et je suis assis sur le frein à main. J’aime voyager seul. C’est le meilleur moyen de ne pas le rester très longtemps.”
Oui l’homme aime voyager seul. Ses pas l’ont d’ores et déjà mené en des lieux aussi divers que lointains. Il raconte et en prime il balance. Ne comptez pas sur moi pour dévoiler quoi que ce soit mais soyez certains qu’on nous cache des choses. Brisant les tabous, la vérité est rétablie, entre autres, sur les plages de Tahiti, sur le plus court chemin entre Paris et Tel-Aviv, sur le danger que représente pour l’homme un trop grand amour des mollusques et sur la désagréable habitude qu’ont les singes de prendre le goûter… d’autrui.
Touriste ne se lit pas, il se dévore. Je ne saurais trop conseiller aux futurs lecteurs que vous êtes peut être de freiner à l’approche de la fin pour éviter une brutale sortie de page. Blague à part, et pour ne pas limiter ce billet à un simple éloge, j’aurais deux critiques à émettre sur ce roman, publié comme les deux précédents au Diable Vauvert. La première c’est que quand on se régale, il n’y en a jamais assez. La seconde c’est que maintenant… il va encore falloir attendre patiemment le prochain, et pour ça… je ne te dis pas merci.
