La bande dessinée du jour – Mojo (Rodolphe / Van Linthout)

Mojo (Rodolphe / Van Linthout)

Mojo (Rodolphe / Van Linthout)

“Triste confession s’il en est : avouons-le, Slim Whitemoon n’existe pas, n’a jamais existé !”.

Vous pouvez me dire merci, vous dévoilant l’intrigue de l’album je vous évite d’avoir à l’acheter et à le lire. Oui mais… non. Car c’est sans compter sur le fait que ce détail n’a pas la moindre importance.

Slim Whitemoon est un nègre, né à l’aube du XXème siècle dans le sud des Etats-Unis, au Mississippi. En ce temps et ce lieu, être homme de couleur implique le plus souvent une vie pénible et laborieuse. Slim possède peu de choses, parmi lesquelles une guitare sur laquelle ses doigts courent pour jouer le Blues.

Il est cependant une autre chose que Slim peut se vanter d’avoir : un énorme mojo. Pas comme son pote Charley. Lui faisait partie de ces gens “nés sous un mauvais signe, qui ont un mojo obscur, sombre, ratatiné comme une momie…”. A sa mort, pas même de quoi payer une croix. Le manche de sa guitare, cassée, fera l’affaire.

Le mojo, c’est la bonne étoile qui veille sur nous, au dessus de nos têtes. Slim réussit bien mieux, en tout. Avec la guitare ou avec les femmes. Il va un jour décider de donner une chance à sa vie. Pour cela, rien de mieux que de prendre la direction de Chicago.

Traversant six décennies d’histoire mouvementée de l’Amérique, Slim fera la rencontre de grands noms du Blues, partageant avec eux la scène et la route. Outre-Atlantique il goutera aux triomphales tournées européennes, quand émergeront, à l’heure où la guitare devient électrique, de jeunes groupes inconnus dont le succès deviendra planétaire. Et comme tout a une fin, il se chargera de prouver qu’on ne meurt pas toujours comme on a vécu.

Album d’un très beau noir et blanc – bien plus nuancé, pour le coup, que l’Amérique qu’il nous dépeint – mélant habilement fiction et faits historiques, Mojo est une très belle découverte que j’ai pu faire au pied du sapin il y a quelques jours. Les amateurs de Blues y seront particulièrement sensibles, mais qu’on ne s’y trompe pas… être amateur de bonne bande dessinée se révèlera amplement suffisant pour apprécier.

Lire les 10 premières planches de Mojo sur BDGest.

La bande dessinée du jour – La Mano (Thirault / Pagliaro)

La Mano / Montefiorino / Thirault - Pagliaro

La Mano / Montefiorino / Thirault - Pagliaro

Sandro est médecin, à Paris. Dans sa salle d’attente, un poste de télévision diffuse les informations. Au menu du jour, la découverte du corps d’un activiste d’extrême gauche italien du clan Pugno, très actif en Italie pendant les années de plomb. L’occasion pour Sandro de se remémorer son passé…

Ils étaient cinq, comme les cinq doigts de la main. C’était en 1965, à Montefiorino, un petit village italien près de Bollogne. Une époque qui n’était pas encore celle de la lutte armée…

Certes, ils ont en commun un certain idéal communiste. Mais Aristo est de loin le plus motivé de tous. Et c’est de lui que viendra l’élan de constituer un groupe, et de commencer à mener quelques actions.

Ce groupe, ce sera, la Mano. Du pouce à l’auriculaire, chacun aura son rôle. Et il faudra se préparer à repousser progressivement les limites.

Montefiorino, premier tome de la série, évoque donc la naissance d’un groupe révolutionnaire dans la campagne italienne, à une époque ou un peu partout dans le paysage politique d’Europe de l’Ouest, les extrêmes montent en puissance.

Mais avant d’être un maillon de l’avant-garde prolétarienne, La Mano est surtout un groupe de copains, animé de motivations assez diverses. Si Nina et Piero semblent assez sincères dans leur dénonciation des injustices de l’état bourgeois, Aristo se distingue surtout par son âme de leader et son goût non dissimulé pour les émotions fortes. Raffaella, que ses parents destinent avant tout au mariage, est amoureuse d’Aristo. Peu importe la cause, elle est prête à suivre aveuglément l’homme qui la fera échapper à sa triste destinée. Quand à Sandro… c’est avant tout son amour impossible et secret pour la belle Raffaella qui le lie au groupe.

Aucun d’eux n’est vraiment préparé à l’action violente. Il se pourrait pourtant qu’il faille vite y venir. Mais une fois le pas franchi, il faudra bien l’assumer.

Premier volet d’une série qui devrait en compter trois, sans crier au génie, cet album me semble tout de même plutôt encourageant. Le graphisme est très coloré et agréable. Et l’histoire se met bien en place, préfigurant d’une suite à la hauteur. Plus qu’un album politique, Montefiorino est surtout une histoire simplement humaine, où sont mises en avant, entre autres, les divergences qui existent toujours au sein d’un groupe et les dérives possibles de tout leadership.

Une bande dessinée à lire donc, si vous en avez l’occasion. Mais surtout un essai à confirmer. Je ne manquerai pas, le moment venu, de revenir vous parler de la suite…

La bande dessinée du jour – Notre mère la guerre (Maël – Kris)

Notre mère la guerre / Maël - Kris

Notre mère la guerre / Maël - Kris

J’ai les tomes 1 et 2 de cette série depuis un bon moment – les deux en édition originale, pour vous dire – et ils attendaient patiemment le moment où je les lirais. C’est désormais chose faite, et ce pour mon plus grand bonheur. Car s’il est entendu que la guerre est une saloperie… elle peut après coup donner lieu à d’émouvants récits, comme celui-ci.

La guerre dont il est question ici, c’est celle des tranchées, des poilus. La première guerre mondiale. L’action se déroule en janvier 1915, en Champagne, au niveau du front. A trois reprises en peu de temps, on a retrouvé des femmes assassinées, sans mobile évident. Le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte est chargé de mener son enquête.

“Mais lui a-t-on dit à votre Général que les gendarmes sont des militaires ?” / “Des militaires oui… mais pas des soldats…”

Notre mère la guerre / Extrait

Notre mère la guerre / Extrait

Le front, Vialatte l’a lu dans les ouvrages de poésie qu’il affectionne… dans les Misérables, où Gavroche, tombant sur les barricades, incrimine Voltaire et Rousseau… mais jusqu’alors, il n’y a jamais mis les pieds. Rude sera le choc.

“Mon Lieutenant !” / “Oui ?” / “Les livres mentent, et ceux d’Hugo les premiers. Quand on meurt sur la barricade ou dans la tranchée, on ne chante pas. On chie dans son froc.”

C’est donc une plongée violente dans la réalité de la guerre. Le froid… la boue… qui ne sont rien à côté de la trouille. Pilonnages aveugles à coup d’obus, dans un camp comme dans l’autre, pour le contrôle de “quelques champs de patates”…

Mais Vialatte n’est pas ici pour contempler. Il a une enquête à boucler. Un tueur de femmes innocentes à démasquer…

Très franchement, cette série “Notre mère la guerre” – deux tomes parus à ce jour sur les trois prévus – est un petit bijou. Entre les superbes textes de Kris, quittant régulièrement le style purement narratif pour se laisser aller à la poésie, et le dessin à l’aquarelle de Maël – qui avait déjà mis en images la série en deux tomes “Les rêves de Milton” que j’avais déjà beaucoup appréciée – nous sommes sans doute face à des ouvrages parmi les plus aboutis sur le thème.

Du reste, l’éditeur, Futuropolis, est connu, me semble t-il, pour sortir de nombreux petits chefs d’œuvres…

Bref, sans réserve, je conseille la lecture du tome 1 – Première complainte – et du tome 2 – Deuxième complainte – de “Notre mère la guerre”. Pour approfondir de la plus belle façon qui soit votre vision de la cette guerre des tranchées qui, quatre ans durant, coûta la vie à de si nombreux soldats, et brisa celle de nombre des survivants. Le tome 3 devrait vraisemblablement sortir cet été. Il devrait sans nul doute être au niveau des deux premiers. Je ne manquerai pas de vous en tenir informés.

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD « Notre mère la guerre » en commentaire.

La bande dessinée du jour – Valentine Pitié (Benn) Tome 2 / Le bras du chapitre

Valentine Pitié - Tome 2 - Le bras du chapitre

Valentine Pitié - Tome 2 - Le bras du chapitre

Je n’aurai pas eu longtemps à attendre après la lecture du premier volet pour trouver chez un de mes libraires habituels ce second et dernier tome des aventures de Valentine Pitié. C’est en effet le 4 février dernier que celui-ci est paru. Ayant aimé le premier, je me suis évidement jeté sans hésiter dessus.

Valentine a quitté le Yukon et les grandes étendues glaciaires. Elle s’en retourne dans la grande maison familiale du côté de Créteil, en pleine crue de la Seine. Faisant la connaissance des frères Delaroche, Lucien et Emile, deux passionnés d’aéronautique, elle va rapidement mettre le doigt dans l’engrenage.

Dans l’univers résolument masculin de la conquête de l’air, Valentine va s’échiner, une fois encore, à faire plus que de la figuration.

Je vais être très honnête, malgré le thème, j’ai le sentiment que cette mini série n’a pas réussi à prendre son envol. Car oui, ce deuxième tome m’a un peu déçu. Le graphisme, plutôt atypique, est toujours agréable, avec une jolie coloration. En revanche, j’ai eu bien plus de mal à accrocher à l’histoire qui, pour moi, manque vraiment de relief. Le scénario a t-il été écrit trop vite ? Je ne sais pas. Mais j’ai vaguement l’impression qu’il manque d’une certaine maturité.

Non que tout soit à jeter dans cet album, loin de là. Nous retrouvons des personnages attachants, et le thème de l’aviation est une base intéressante. Mais en fin de compte j’ai tout de même trouvé l’aventure assez banale… alors que le tome précédent avait su faire preuve d’une belle originalité. Vraiment dommage.

Au final, pour résumer, je dirai tout de même que ces deux albums contant le destin hors norme de Valentine Pitié constituent une lecture agréable, le premier m’ayant bien plus séduit que le second. N’hésitez pas à donner également votre avis si vous les avez lu…

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD « Valentine Pitié – Le bras du chapitre » en commentaire.

La bande dessinée du jour – Nous ne serons jamais des héros (Salsedo / Jouvray)

Nous ne serons jamais des héros (Salsedo / Jouvray)

Nous ne serons jamais des héros (Salsedo / Jouvray)

Nous ne serons jamais des héros” est sorti en juin dernier et trône depuis lors dans ma bibliothèque. Je viens de retomber dessus, et je me suis dit qu’il avait sa place ici.

Mick a trente deux ans. Glandeur de profession, entre deux courtes missions d’intérim, il passe le plus clair de son temps devant sa télé à regarder des documentaires sur tout et n’importe quoi. Ses projets ? Aucun. Son horizon ? Bouché. Mick est ce qu’on a coutume d’appeler un perdant.

Un jour, il reçoit un coup de téléphone de son père, Charles. Acariâtre depuis l’accident qui a coûté la vie à sa femme et l’a laissé invalide vingt cinq années auparavant, déçu par la vie que mène son fils, celui-ci n’appelle généralement que pour annoncer de mauvaises nouvelles. Et cette fois encore, ça ne manque pas. La grand-mère de Mick vient de décéder.

L’ailleule enterrée, la maison vendue, Charles se retrouve à la tête d’un petit pactole. Lui qui n’a jamais vraiment eu de rapports avec Mick, qu’il considère ni plus ni moins comme un bon à rien, va alors lui proposer un marché : l’assister au cours d’un grand baroud au tour du monde, sur les traces de son passé, contre une partie de l’argent. Père et fils vont donc faire leurs valises, et prendre la route. Ce grand voyage sera une occasion unique pour les deux hommes d’essayer de se comprendre, et de San-Fransisco à Helsinki en passant par le Vietnam ou le Maroc, le chemin sera long. Exaspéré par le manque de curiosité et de culture de son fils, Charles tentera malgré tout de lui transmettre un peu de sa passion. Et Mick, incontestablement, en sortira grandi…

“Nos parents n’ont pas connu la guerre mais ils ont eu les couilles de faire la révolution, ce sont les héros de 68… Nous, on n’a ni guerre ni révolution à faire. (…) On sera jamais des héros, faut faire le deuil de ce vieux fantasme. On doit réussir notre passage sur terre d’une autre manière.”

Belle illustration du fossé qui peut séparer deux générations, “Nous ne serons jamais des héros” est une histoire touchante, souvent émouvante – mais loin de moi l’idée de dévoiler des secrets… -, très bien servie par un graphisme simple mais soigné. La réalisation est aussi une histoire de famille, puisque ce sont deux frères, Frédérik et Greg Salsedo qui assurent respectivement le dessin et la couleur, alors qu’Olivier Jouvray signe le scénario.

Ce n’est pas compliqué, embarqué comme j’ai été par cet album, j’ai adoré. Et, donc, bien évidemment, je recommande.