La chronique du week-end #16 – internet et la curation racontés à ma grand-mère

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Tiens, depuis que j’ai commencé à faire mes petites chroniques du week-end en ligne, il est un thème que j’ai à peine abordé, c’est celui d’internet lui même. Qu’à cela ne tienne, je vais m’en charger pas plus tard que dès aujourd’hui. Je ne manque pas de ressources sur la question, le plus compliqué, ce sera juste de faire le tri.

A vrai dire, ça n’est pas tout à fait par hasard que je choisis ce sujet aujourd’hui. Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que j’ai reçu cette semaine sur Facebook une demande d’ajout de ma grand-mère. Sans pour autant dévoiler son identité, je vous dirai simplement que c’est la mère de ma mère – étonnant non ? – qu’elle est née et vit en Bretagne et qu’elle fêtera cette année ses 82 ans. Alors, certes, j’avais déjà eu l’occasion de constater qu’elle maitrisait très bien l’envoi des emails, l’affaire était entendue, mais cette invitation Facebook… je me dois d’être franc… j’ai été plutôt bluffé. J’y vois une preuve de plus de ce qu’on entend un peu partout et de plus en plus, internet touche aujourd’hui tous les milieux et toutes les générations. Et pourtant au départ… c’était loin d’être évident.

La deuxième raison qui me donne envie d’écrire ce billet, c’est la découverte toute récente que j’ai faite d’un terme – et derrière le terme, d’un concept – dont on commence à entendre parler pas mal sur la toile. A tout le moins, dans les milieux autorisés. Mais si, vous savez bien, ces endroits où l’on s’autorise à penser… Bref, ce terme-concept, c’est la curation. En anglais dans le texte. Et en français aussi, en fait, dans la mesure où il a été adopté tel quel, malgré la préexistence du mot curation dans notre langue, et son sens médical sans rapport aucun avec celui qui va nous intéresser aujourd’hui. Enfin, notez, des rapports, avec un peu d’imagination, on pourrait en trouver entre à peu près tout et pratiquement n’importe quoi… mais le risque serait important de tomber lourdement dans la capillotraction caractérisée. Je m’abstiendrai donc.

Je ne sais pas vous, mais j’ai personnellement découvert internet en 94, avec notre premier abonnement Wanadoo à la maison, via un modem 33.6k à la mélodie si… je cherche l’adjectif… harmonieuse ? Pour ceux qui n’ont pas connu ou qui ne s’en souviennent pas, petite piqure de rappel. Si vous étiez connectés à cette époque, vous vous rappelez sans doute de la jungle qu’était internet. Il faut dire que… Google n’existait pas. Sans rentrer dans les détails, nous étions face à une masse encore presque quantifiable de “pages personnelles”, au style graphique souvent douteux, répertoriées tant bien que mal sur ce qui s’apparentait bien plus à des annuaires qu’à des moteurs de recherche tels que nous les connaissons aujourd’hui, en tête desquels… un certain Yahoo!

Rassurez vous… je ne vais pas m’amuser à faire tout un historique d’internet. D’autres l’ont déjà fait bien mieux que je ne le pourrais. Mais permettez moi simplement une petite synthèse pour introduire le concept du jour.

Au départ donc… un fatras de pages personnelles par une poignée de geeks de la première heure – j’imagine que je dois légitimement m’inclure dedans -, à peu près introuvables sauf à avoir lu l’adresse dans une revue ou au hasard d’un annuaire. Explosion de couleurs criardes, de titres en Comic Sans MS, de gifs animés dans tous les sens… et on aimait ça. Les spécialistes parleront de l’époque du “Few-to-Many” – en français : de peu vers beaucoup – où quelques créateurs de pages œuvraient pour un nombre grandissant de surfeurs passifs.

Puis la chose s’est démocratisée. Nous sommes passés à une situation plus proche du “Many-to-Everybody” – de beaucoup vers tout le monde. De plus en plus de gens se sont mis à faire des sites. Et progressivement, sans nous en rendre compte, nous sommes même entrés dans l’ère du fameux web deux point zéro, le web participatif, “Everybody-to-Everybody”.

A chacun sa part du territoire internet. Tout le monde peut s’inscrire sur Facebook – même ma grand-mère – et entrer en contact avec ses connaissances partout dans le monde, publier de ses nouvelles, laisser des commentaires sur celles des autres, sur leurs photos… Tout le monde peut mettre une vidéo sur Youtube, Dailymotion, ou n’importe quelle autre plateforme de partage de vidéos. Tout le monde peut ouvrir un blog, le plus simplement du monde, en 5 minutes.  Tout le monde peut ajouter des articles ou les compléter sur Wikipédia – sous réserves de respecter la charte, évidemment… Internet est ouvert à tous. Il ne tient qu’a vous d’y participer.

Un des derniers gros acteurs a avoir émergé sur la toile est Twitter. Ce réseau social, que j’ai dans un premier temps vu comme un clone de Facebook plutôt limité, est en réalité, je m’en rend bien mieux compte aujourd’hui, bien plus que ça. Je vais y revenir.

Google règne en maître sur cet univers. Digérant tout le contenu accessible quasiment en temps réel, de sorte que vous pouvez trouver sans effort un article publié dix minutes plus tôt traitant d’un évènement qui date d’il y a un quart d’heure. Enfin quand je dis un article… il faut généralement compter en dizaines si c’est un sujet d’importance, si vous voyez un peu où je veux en venir…

L’informaticien que je suis ne peut qu’être fasciné par tout cela. le citoyen aussi, du reste. Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui des rôles déterminants dans les mouvements, sociaux eux aussi, du monde entier. En Iran, en Tunisie, en Egypte… ils font trembler les pouvoirs en place, quand ils ne font pas, même, tomber des dictatures. On pourrait penser alors que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oui mais… non. Avez vous lu ma chronique numéro 5 sur la masse grandissante d’information dont on nous abreuve ? Si la réponse est non, je ne vous félicite pas. Mais il n’est pas trop tard pour le faire. Je le disais un peu plus haut, aux débuts d’internet, faute de moyens réellement efficaces d’indexation et de recherche, il était compliqué de trouver ce que l’on cherchait. En 2011, du fait de la masse de pages créées quotidiennement sur tout et n’importe quoi, trouver l’info pertinente que l’on recherche… peut finalement se révéler tout aussi périlleux.

Arrêtons nous un instant sur les deux plus gros réseaux sociaux de notre époque, Facebook et Twitter. Sur le premier, l’idée de base est d’établir un contact virtuel avec les gens que l’on connait. Famille, amis, collègues… on se trouve, on se lie sur le réseau, et on peut alors partager ses états d’âme, compte rendus de vacances ou opinions sur sa direction – avec le risque, aujourd’hui connu, de se faire licencier. L’utilisateur lambda doit avoir entre cinquante et cent contacts en moyenne qui ne sont en général pas “actifs” tout les jours. Bref, en principe, on arrive à peu près à suivre – j’entends par là, à parcourir en diagonale toutes les publications et à repérer celles qui nous intéressent.

Twitter est aussi un réseau social, mais avec deux différences majeures. La première, c’est qu’on ne crée pas uniquement des liens avec des personnes que l’on connait IRL – “In Real Life”, soit en français, “dans la vraie vie”. Sur Twitter, on peut s’abonner aux “tweets” de n’importe qui nous paraissant intéressant. Comprenons nous bien, la notion d’abonnement ne sous entend pas de souscrire quelque contrat que ce soit… Il s’agit juste de cliquer sur un bouton pour signifier que l’on désire voir sur son mur d’actualités – ce qu’on appelle la “TimeLine” – toutes les publications du compte auquel on s’abonne. La deuxième différence, c’est donc ce concept de tweets, messages courts de 140 caractères maximum, l’unique chose que l’on peut publier sur le réseau. Dans l’idée de base, point de vidéos ou de photos, des messages courts et puis c’est tout. Dans les faits… c’est un peu différent, les tweets servant très souvent à partager des liens vers des articles que l’on vient de trouver.

Supposons, par exemple, qu’on s’intéresse à la politique et à l’actu. Une fois créé son compte Twitter, on peut commencer par s’abonner aux tweets des différents journaux et partis politiques présents sur le réseau – soit tous, grosso modo. Au delà des partis, on peut aussi s’abonner aux tweets de personnalités politiques elles mêmes. Il reste toujours à prouver que ce sont bien eux qui les écrivent, mais la question n’est pas là, tant que les publications sont pertinentes… Ceci faisant, on peut facilement avoir déjà une trentaine ou une quarantaine d’abonnements. Et on n’est qu’au premier jour.

Une autre caractéristique importante de Twitter, c’est la possibilité de retweeter. Autrement dit, quand on lit un tweet intéressant, en un clic, on peut le republier à destination de tout les gens abonnés à nos publications. Donc… si vous me suivez… quand on s’abonne à un compte intéressant, on peut aussi voir ses retweets, autrement dit des publications d’autres comptes qu’il a trouvé intéressantes. Partant de là, on peut aller voir toutes les publications de ce compte que l’on ne connaissait pas, et si il s’avère que l’on aime bien ce qu’il publie, on peut s’y abonner.

Je vous laisse imaginer le nombre de comptes auxquels on peut rapidement se retrouver abonné. Et étant donné que la simplicité de Twitter incite à partager beaucoup de choses… En moins de temps qu’il n’en faut pour le lire… on se retrouve un peu noyé.

On retombe un peu sur le problème de la chronique numéro 5. Vous l’avez lue entretemps non ? Parce que si vous ne faites pas d’efforts hein… on ne va pas y arriver ! Trop d’infos, tue l’info. Et c’est là qu’intervient ce fameux nouveau concept que j’évoquais en introduction. La curation. J’ai été un peu long pour y arriver, mais vous comprendrez qu’il fallait bien que je plante le décor.

Dans le vocabulaire anglo-saxon, le “curator” désigne en gros un conservateur, dans une galerie ou un musée par exemple. C’est celui qui va faire un travail de veille et de rassemblement de différentes œuvres d’un artiste ou autour d’un thème donné. Sur internet, le rôle du curateur, sera un peu similaire. Partant d’un sujet particulier, il va s’agir de faire un tri dans la masse d’articles, issus de journaux en ligne, de blogs, ou de n’importe où ailleurs, afin de mettre à disposition des personnes intéressées ce que l’on aura jugé comme le minimum réellement utile et pertinent. N’allez pas croire que ce rôle est l’apanage de quelques happy few. Je vous rappelle que nous sommes dans le web 2.0. Everybody-to-Everybody. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de plateformes – des plateformes de curation, donc – a émergé sur internet de sorte que nous pouvons tous aujourd’hui être des curateurs.

Comme je vous le disais, je viens juste de découvrir le phénomène, dans la mesure où on commence à pas mal en entendre parler. Je manque donc de recul pour exprimer un point de vue dessus. Je le ferai éventuellement dans une prochaine chronique, maintenant que vous savez de quoi on parle – merci qui ? Je peux toutefois vous donner quelques illustrations pour que vous vous représentiez la chose.

Commençons par le site Paper.li, par exemple. Une page un peu au hasard, Le Journal de l’Environnement. Qu’est ce donc ? Et bien cette page correspond au compte d’une personne, intéressée selon toute vraisemblance par l’environnement, et qui compile ici, via les fonctionnalités de cette plateforme, les publications de plusieurs personnes qu’elle a sélectionné et qui traitent de l’environnement. Comme le libellé l’indique, la chose s’apparente à un vrai journal, et la personne qui a crée le compte joue d’une certaine manière un rôle de rédacteur en chef.

Prenons un autre exemple. Une plateforme française tout récemment créé, nommée Scoop.it!. Petite vidéo de présentation – en anglais.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Bnr6QKKcsII[/youtube]

Je ne sais pas si vous percevez l’idée mise en avant. Elle est toute simple. C’est la possibilité pour tout le monde d’administrer un site, sans avoir rien à dire, et sans même avoir quoi que ce soit à écrire. Il est simplement question de compiler des liens ou des articles sur un sujet donné, et de partager cette compilation.

Je ne vais pas développer d’avantage aujourd’hui. Ce billet est déjà bien long. Mais j’y reviendrai avant longtemps, quand j’aurai un peu plus digéré la chose. Si j’ai pu quelque peu éveiller votre intérêt… n’hésitez pas à y penser d’ici là… La curation, concept génial pour faire un peu de tri dans l’immensité internet, ou porte ouverte à toujours plus de “pollution” ?

Je vous pose la question. Parce que moi, pour le moment… je ne le sais pas…

(Pour avancer un peu dans la réflexion, je vous recommande déjà la lecture de ce petit billet amusant : http://owni.fr/2011/02/13/non-a-la-curation/)

La chronique du week-end #13 – Et là, c’est le tram. Belsunce breakdown.

Tramway (Marseille / Cours Belsunce)

Tramway (Marseille / Cours Belsunce)

Vendredi, dernier moment, page blanche, tout ça… Pour un peu ça deviendrait presque une habitude. Que voulez-vous, c’est bien beau de se fixer l’objectif d’une chronique hebdomadaire, mais il faut bien réaliser à un moment donné que ça implique d’écrire chaque semaine. Et ça, ça fait mal. Enfin, pas de panique… encore une fois, ça tombe relativement bien… j’ai un gros coup de gueule à passer. Et vu comme je vois rouge, ça va encore balancer sévère.

Oui, bon, j’en fait un peu des caisses. En vrai la chose ne m’atteint qu’à peine, tant il est vrai que mon flegmatisme tranquille n’est pas dénué de placidité. Mais s’il en était autrement… soyez assurés  que j’aurais déjà entamé la tournée des torgnoles. Parce que si je suis tout disposé à convenir que la vie n’est pas grave… vient un moment, tout de même, où on pourrait envisager de cesser un peu de déconner.

On lutte tous un peu à notre manière contre la connerie, quelque part. Elle ne devrait plus exister d’ailleurs, depuis le temps qu’on lutte. Mais voilà, le problème, et il est de taille, c’est que nous ne la voyons pas tous aux mêmes endroits. Donc en vérité nous luttons un peu tous les uns contre les autres. Et ça n’avance guère. Si ça se trouve, dans une certaine mesure, il suffirait que l’on arrête tous de lutter pour régler en partie la question. Allez savoir. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat. Je voulais juste meubler un peu. Au passage, je vous recommande la lecture de “Mort aux cons” qui m’a bien fait marrer il y a quelques mois.

Vous vous souvenez de Marcel, que j’évoquais dans la chronique n°8 ? Il habite Marseille. Et au quotidien, quand il ne marche pas, il prend le tram. C’est merveilleux le tram. C’est certes moins rapide que le métro, mais il y a un avantage indéniable, la vue. Pas de galerie en sous-sol, de marches, d’escalators… Le tram a les pieds sur terre et c’est quand même plus sympa. Enfin ça ce n’est que mon avis. Et, dans la mesure où vous pouvez aussi aller vous faire voir, vous n’êtes pas tellement obligés de le partager. Je plaisante, évidemment. En vérité bien sûr que vous êtes obligés. Ça n’est pas la Tunisie libérée ici. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat non plus. Je voulais juste meubler un peu.

Vous dites ? Je meuble beaucoup ? Ah… ça s’est donc vu. Et bien oui, soit, je meuble beaucoup. Mais bon, mon sujet cette semaine est plutôt léger au départ, aussi, il faut dire. Alors je fais ce que je peux. Je digresse,  je tourne autour du pot, je temporise, je fais diversion. Mais d’accord… d’accord, puisque vous me prenez sur le fait, j’y viens.

Il existe une règle de base dans un tram. Notez que cette règle, au sens large, pourrait valoir aussi pour un tas d’autres choses, comme par exemple une boite de petits pois ou de haricots verts. Vous connaissez la différence entre les deux d’ailleurs ? Et bien simplement, les petits pois sont rouges. Passons… ça n’a toujours pas de rapport avec la fameuse règle dont je parle et que je vais vous exposer enfin sans plus attendre. Un tram, c’est un espace limité avec un nombre tout aussi limité d’ouvertures. Par conséquent, et sans rentrer dans les détails scientifiques dont nous n’avons que faire, tout le monde peut comprendre que, pour que “ceux-là qu’ils veulent rentrer dedans” il puissent rentrer dedans, il faut préalablement que “ceux-là qu’ils veulent sortir dehors” ils sortent dehors. Vous me suivez ? Exemple.

Marcel est d’un naturel très paisible de manière générale. D’autant plus quand il restait du café le matin dans la salle de pause. Quand il quitte son boulot, il lui arrive de passer au Centre Bourse faire une course. Quelquefois il y va à pied. Mais le plus souvent, pour avoir le temps de faire le tour des rayons avant la fermeture, il prend le tram. Et il descend donc à Belsunce…

Le cours Belsunce. Fleuron des quartiers phocéens, coincé entre la Gare et le Vieux Port comme disait l’autre (Belsunce Breakdown). Trait d’union entre la Porte d’Aix – et son Marché du Soleil -, et la Canebière un brin défraichie – mais on l’aime bien quand même. Un des seuls endroits que je connaisse où on peut s’acheter des baskets neuves à prix cassé tous les dimanches de l’année. Mais… en l’occurrence ça n’est pas ce qui intéresse Marcel.

Parce que Marcel, des baskets, il en a déjà. Alors il s’en fout. En plus on n’est pas dimanche. Non, là il veut juste aller faire un tour au Centre Bourse, et pour l’heure il est dans le tram. Il remonte la rue Colbert. Et son angoisse, imperceptiblement, monte aussi. Le tram tourne au bout de la rue… et approche de l’arrêt…

Et là Marcel les voit. Et eux voient le tram. Et l’angoisse devient alors palpable. Il va falloir du courage. Ça s’annonce serré. D’ailleurs autour de Marcel ça s’agite. Le compte à rebours est commencé. Pas sûr que tout le monde s’en sorte.

Le tram ralentit. Et dehors ça s’entasse. Mais combien sont-ils ? Mon dieu. Tout ça…

Les portes s’ouvrent. Et j’en reviens à la règle énoncée plus haut. Ces gens là… ils ne la connaissent pas. La logique voudrait que la masse du dehors attende un moment sur le côté. Mais pas là, allez savoir pourquoi, ils sont pile en face. C’est bête. Mais c’est comme ça.

Et Marcel sait, malgré tout, qu’il doit agir. Inimaginable de rester immobile et d’attendre, car il descend ici. Alors Marcel inspire un grand coup. Erreur stupide. Le tram c’est cool. Mais c’est rempli de gens qui travaillent. Et en fin de journée, quand on est au milieu de gens qui ont travaillé, dans un environnement quelque peu confiné… il ne faut  pas inspirer un grand coup. Total, le coup, c’est Marcel qui l’accuse un peu… Mais il n’a pas vraiment le temps d’y penser… car derrière ça pousse. Ceci dit, devant, ça bloque.

“Ecoutez tas de cons. Qui êtes toujours en face. Vous voyez bien qu’on sort. Vous aurez tous une place… écartez vous deeeee suite, sinon je vous fracasse.”

C’est ce qu’il faudrait dire. Et balancer des claques. Mais Marcel est sociable.

Alors il se fraye un chemin, en bousculant au passage. Petite feinte à gauche. Blocage. Contournement. Accélération. Coup d’épaule. C’est technique. Dans la petite contre allée les voitures passent. Il ne faut pas se laisser emporter par son élan.

Arrivé au calme, Marcel se retourne. Et il contemple les portes, qui restent ouvertes quelques longues secondes. Et encore quelques personnes qui rentrent… tranquillement. Et il se demande.  Il se demande qui sont ces gens qu’il a bousculé. Quelles sont leurs angoisses. Et surtout une… Quelle est cette putain d’angoisse qui pousse ce tas d’huitres à s’agglutiner devant cette porte et à bloquer ceux-là qui sortent ? C’est quand même quelque chose. La médecine fait quoi pour eux ?

On laisse sortir les gens, et après on rentre. Le chauffeur ne fermera ses portes sur personne. Qu’est ce qui n’est pas clair sérieusement ? Ahhh…  attendez… j’ai peut être une explication ! En fait, ces gens, ils sont peut être juste très chaleureux. Peut être qu’ils aiment le contact viril des corps qui se croisent violemment. C’est juste un gros kiff.

Ouais. Et donc Marcel… si on va par là… il doit subir une meute de détraqués sexuels à chaque fois qu’il veut faire une course au Centre Bourse ? Et puis quoi encore. Qu’ils fassent du rugby ! Ils pourront même partager des douches.  Non, franchement.

Notez que dans les bus, on a réglé le problème. Je ne sais pas chez vous… mais ici on rentre par l’avant, et on sort par l’arrière. Enfin quand on valide un ticket du moins. C’est pas con. Ça demande un peu d’organisation dans le bus. Un peu d’anticipation. Mais c’est pas con. On pourrait presque imaginer la même chose dans le tram. Oui mais… ne serais-ce pas céder à la facilité ? Se défausser de la noble tache d’apprendre à celui qui ne sait pas ? Je me demande. Si ça se trouve, la vraie solution, c’est bel et bien les claques.

Ou alors parler ? Difficile. Dans la situation… très peu de temps. Il faudrait être extrêmement synthétique avant qu’ils ne filent. C’est coton. Par contre…

Marcel pourrait écrire un tract. Un petit tract. Pas agressif. Pédagogique. Et même… avant d’imaginer donner une leçon… il pourrait essayer d’obtenir des réponses, en laissant une adresse email. Il en garderait toujours quelques uns dans son sac. Et au moment opportun, il en distribuait un ou deux aux phénomènes qui se présenteraient face à lui.

Allez savoir… les réponses pourraient être amusantes… vous m’aidez ? Vous pensez qu’on pourrait changer un petit quelque chose comme ça ?

Je vous… question… parce que… pas.

La chronique du samedi #3 – Faut vraiment qu’on se parle…

"Votre besoin de mettre un chapeau est anormal !"

"Votre besoin de mettre un chapeau est anormal !"

Ami lecteur, l’heure est grave… c’est ma 3ème chronique du samedi et je crois que le temps est venu de se parler. Car si je suis un homme qui au naturel s’interroge, mon empathie à toute épreuve me permet de deviner que nait également chez toi une question des plus légitimes : “C’est quoi ce bordel ?”.

A peine deux semaines qu’il est en ligne et ce blog part déjà dans tous les sens. Un billet sur les poubelles… une citation digne des bisounours… une vidéo de spectacle comique… une bande dessinée… Ne mâchons pas nos mots, c’est n’importe quoi. Bon, je ne vais pas te mentir, j’ai beau relever chaque jour ma boite aux lettres, je n’ai reçu pour l’instant aucun courrier de plainte. Je devine un peu de timidité de ta part voire de peur de me blesser. Mais si j’en avais reçu, j’imagine très bien que tu m’aurais sommé, séance tenante, de faire le point sur la ligne éditoriale de ce journal électronique, qui, si rien ne change, se réserve une place de choix dans le mur.

Alors avant tout, et malgré le fait que, pour une raison qui t’est personnelle et que je respecte, tu ais renoncé à m’écrire ta lettre, laisse moi te remercier pour ta sollicitude. Non mais c’est vrai. On ne se connait pas vraiment toi et moi. Tu as sans doute un demi million de choses plus prioritaires à faire – t’as payé ton loyer au fait ? tu sais qu’on est déjà le 13 ! -, mais non, toi lecteur tu es là à te faire un sang d’encre pour l’avenir de ma plume. Si je pouvais je t’embrasserais.

Bref. Cette question posée, il va bien me falloir y répondre. Dur. En plus tu me prends quand même un peu de court là, je n’ai rien préparé. Enfin si en fait ça tombe plutôt bien, je crois que j’ai un petit truc griffonné là dans le fond de ma poche, attend voir…

Je te préviens, une fois n’est pas coutume, je vais devoir être un peu intime. Tu m’en voudras pas j’espère. Oui ce blog c’est un peu n’importe quoi. Mais la raison, si je ne sais pas si elle est avouable, est en revanche fort simple. Pour le moment, je dois dire que je me force plus à rédiger sur le moins pire des sujets qui me vient, que je ne me contraint à modérer une prose surabondante qui jaillirait de moi tel le pétrole dans le Golfe du Mexique. Comment ? Ah le Mexique c’est réglé ? Au temps pour moi. On disait quoi ? Ah ouais t’as rien compris… bon laisse moi trouver des mots simples…

J’aime écrire. Mais voila, je crois que je ne le fais pas assez. Je veux dire… c’est pareil pour tout… les compétences ça se travaille. Alors si tu veux, ce blog que j’ouvre là, c’est le stage de fin d’études de mon auto-parcours qualifiant de… heu… de j’en sais rien encore trop, là, en fait… mais on s’en fout un peu… je voulais juste dire que l’accouchement de ce truc va se faire un peu au forceps. Mais peut être que si ma plume s’envole, ça sera cool.

Par contre, et là dessus il n’y a pas de discussion, tout le temps que tu auras perdu ici, c’est pour ta pomme. Pas de service satisfait ou remboursé machin là… on est pas chez ma bonne Franquette. Mon blog tu l’aimes ou tu le quittes, t’es grand, t’assumes. Non je me calme pas. Je suis pas énervé. Tais toi. Tu m’énerves.

Ceci étant dit, tout ça ne fait pas une chronique. Si je conclue comme ça, je comprendrais un peu que tu te sentes floué. Alors qu’est ce que je peux te dire. J’envie ces gens qui vous font une histoire de tout. Disons, je ne sais pas… ils doivent bouger quelque part par exemple. On va dire, ils partent en week-end tout ça. T’imagines le tableau, ils vont voir des potes et tout…  et heu… du coup comme ça vient bien ils prennent le train tu vois les mecs. Et ben là à tout les coups c’est une pire aventure. Ils vont juste d’une gare à une autre, ils ont même pas deux heures de TGV mais, dans le billet qu’ils écrivent le soir même sur leur blog, ça prend des airs de croisade, avec moments épiques et tout. Non, ça s’est complètement classe je trouve.

Parce que moi tu vois je suis dans le train pour Lyon et… Ah oui au fait, comme on se parle il faut que je te dise, ma chronique du samedi midi, je l’écris pas à onze heure hein. Non en vrai là on est jeudi, par exemple. C’est férié. J’adore. J’adore même plus encore que d’aller bosser, pour te dire. Surtout que là pour le coup je fais le pont. Et pas l’inverse. Rapport au pou. Laisse tomber. Parce que je blague mais je perds le fil après. Donc je vais à Lyon là. Et ben moi en fait, quand je réserve le train pour Lyon, un jour férié, départ 11h33, et ben moi comme un gros con, je le rate. Oui, c’est comme ça. J’ai le temps, tranquille, j’ai juste à faire mon sac la veille peinard, à mettre un réveil pas trop tard, déjeuner prendre la douche, me préparer, partir avec une petite marge, monter dans mon train sans stress et attendre que ça parte… simple sur le papier. Mais non. La veille au soir, faire mon sac, ça m’emmerde. De toute façon 11h33 c’est plus que cool. Même si je me lève disons à 9h j’ai plein de temps touti va bene no problem. Mais ça ne se passe jamais comme ça. Je traine, je me mets le speed trop tard, je trace dans le métro, je regarde l’heure, je suis carrément limite, ça peut passer… des fois ça passe… bon ce coup-ci c’est le train qui est passé. Echec. Vous êtes recalé à l’épreuve du 11h33 pour Lyon. Saluez le wagon de queue – qu’on entrevoit encore tout à bout des rails là bas – et allez changer votre billet pour le suivant monsieur s’il vous plait. Ne restez pas au milieu monsieur. C’est une gare ici monsieur, les gens circulent. Alors circulez.

Je suis un looser des quais de gare. Un multi-récidiviste de la minute de retard. J’entretiens une haine tenace des trains qui partent à l’heure et ils me le rendent bien. Notez que cet état de fait me préoccupe. Ça finira inévitablement un jour ou l’autre par me rendre méchant. Il faut probablement s’attendre dans le futur à un attentat de grande envergure destiné à exorciser ma grande frustration ferroviaire. Ça ne sera pas beau à voir.

En plus, comme si ça n’était pas déjà rageant en soi de rater son train à 2 minutes près, il faut encore supporter les moqueries des soit disant amis. Car il ne leur échappe pas, à ces cons, au moment où vous les avertissez d’un sms contrarié du léger décalage dans votre heure d’arrivée, que ça ressemblerait presque à une habitude de votre part. Et bien oui, certes, c’est possible, mais on va changer de sujet si ça ne vous dérange pas, d’avance merci.

Pourtant, j’adore les voyages en train. C’est reposant. C’est un moment excellent pour lire ou écrire, voire même juste pour laisser aller ses pensées, détendu. Un petit accident de personne et c’est même deux heures de rab gratuites voire le plateau repas offert. J’ai testé très récemment sur un Marseille – Bordeaux en allant participer un week-end au PIAF. D’ailleurs, comme au fond je ne suis pas vraiment rancunier, il faut quand même que je remercie officiellement la SNCF. Pourquoi ? Pour m’avoir fait découvrir le paté à la tomate Tartex. Ma fabuleuse découverte culinaire de ce week-end, rien de moins. C’est un pâté végétarien bio, à base de tomate et de miel, entre autres. Et honnêtement, tartiné sur des petits pains grillés suédois – mais si, vous savez bien, la marque qu’on ne prononce bien que quand on en a 3 dans la bouche – c’est assez bon comme truc. Si vous avez l’occasion, je vous invite à y gouter pour vous faire un avis.

Voila. Ce billet va se terminer sur ce pâté de tomate je crois. D’une part parce que c’est assez original je trouve comme mot de la fin. Et d’autre part parce que tu l’auras peut-être compris, je suis un peu en vadrouille ce week-end et je n’ai pas tout le temps qu’il me faudrait pour faire mieux que ça. Samedi prochain ça devrait être plus construit. Enfin éventuellement. Oh et puis tu verras bien.

Parce que au fond, est-ce que je dois forcément chercher à faire de ce blog quelque chose de construit ? Ou est-ce que c’est plutôt du chaos que pourraient ressortir des choses intéressantes ?

Je te pose la question, lecteur. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…