La bande dessinée du jour – La pire espèce (Ptiluc)

La pire espèce - Agathe André / Ptiluc / Richard Malka

La pire espèce - Agathe André / Ptiluc / Richard Malka

Prenez un auteur de bande dessinée à tendance animalière qui aime se poser des questions à longueur de temps sur le monde dans lequel il vit. Disons Ptiluc, et ses célèbres Rat’s qui ont le Pacush Blues. Associez le à un scénariste, également avocat défenseur de la liberté d’expression (Richard Malka) et à une journaliste grand reporter ancienne de Charlie Hebdo, nouvelle de France Inter (Agathe André). Mélangez le tout dans un shaker géant. Rajoutez un peu de politique, d’actu et une bonne dose d’humour. Mélangez à nouveau. Ouvrez le shaker. En principe ça devrait faire un bon foutoir et trois personnes couvertes de bleus et prises de violents hauts le cœur.

Maintenant si vous n’avez pas de shaker géant, vous pouvez aussi lire La Pire Espèce, une bande dessinée sortie aux environs de la semaine dernière, par là.

Au commencement, Dieu créa plein de choses. Mais vraiment plein de choses. Probablement même qu’il s’emballa un peu. Puis il réalisa, mais un peu tard, comme il avait été brouillon en créant les Hommes, exception faite de Noé et sa famille. Alors il décida de liquider les Hommes au moyen d’un bon gros déluge. Noé et sa famille repeupleraient la Terre et ça ferait la rue Michel. Il demanda à Noé de construire une Arche dans laquelle il embarquerait, quand arriverait la flotte, un couple de chaque espèce animale existante, afin que ceux-ci soient sauvés.

Bon, en principe là je ne vous ai rien appris. Cette histoire là on la connait. Mais ce qu’on sait moins, c’est que Dieu c’est peut être un cérébral hors pair… mais que dans le détail ça craint. Et quand Noé eut construit l’Arche aux dimensions dictées par le soit disant Tout Puissant… il se rendit bien vite compte qu’il lui serait impossible de caser toute la ménagerie dedans. Et dans ce genre de situation, faut évidemment pas espérer de nouvelles consignes du chef. Alors Noé il fallu bien qu’il se démerde. Heureusement un de ses fils lui souffla la bonne idée : attacher une barge derrière l’Arche pour les animaux en trop. Ce n’était pas explicitement interdit, donc c’était permis. Charmant bambin.

Le déluge est arrivé. Tous le monde a embarqué. Ça a commencé à se déchainer. Tant et si bien que la corde qui retenait la barge à cassé, et que celle-ci a dérivé. Jusqu’à ce que l’eau recommence à baisser. Alors la terre a progressivement émergé. Et c’est sur une île que tout notre petit monde a pu accoster. Est alors venu le temps de repeupler.

La Pire Espèce, c’est l’histoire de cette île peuplée de tribus idéologiques d’animaux à qui les auteurs ont prêté des travers  si désespérément humains. Car la pire espèce, si on suit le propos… c’est bien l’espèce humaine.

Alors sur l’île, on trouve les cochons capitalistes de l’Union Majoritaire des Porcs, les bourriques révolutionnaires du Nouveau Parti des Anes, les oiseaux journalistes à la recherche des scoops, les pittbulls défenseurs de la race pure, les bonobos libérés de la Monkey Pride… j’en passe et des pires. Chacun a son crédo. L’ensemble n’est pas sans rappeler furieusement un monde que l’on connait trop bien. Je ne vous dévoile pas l’intrigue, ça vous gâcherait le plaisir.

J’ai vraiment bien accroché. Souvent avec Ptiluc je suis un peu paumé dans les digressions métaphysiques (certains tomes de Pacush Blues demandent de s’accrocher sévère), mais là on reste sur le terrain de la satire et de l’humour, avec de multiples références à l’actualité récente. L’intrigue est fouillée, l’univers a embarqué le lecteur que je suis sans problème, et le graphisme est… ben c’est le graphisme c’est du Ptiluc quoi… je devrais pas avoir besoin d’en parler… c’est beau et coloré. Allez, vous avez une tête qui me revient, je vous mets une image lien vers une page pour vous donner une idée :

Page BD La Pire Espèce

Page BD La Pire Espèce

J’ajoute à ça de bons dialogues, ponctués de citations et de références, ce qui ne gâche vraiment rien. En bref, je conseille. Je conseille à ceux qui adorent les albums de Ptiluc, évidement, mais ils se sont sans doute déjà rués dessus. Mais je conseille aussi et surtout à tous les autres, surtout ceux qui aiment l’humour satirique, qui fait parfois rire jaune, à tendance politique, mais pas trop.

Évidement c’est aux Editions Vents d’Ouest (en collaboration avec Grasset).

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD “La pire espèce” en commentaire.