Tiens, depuis que j’ai commencé à faire mes petites chroniques du week-end en ligne, il est un thème que j’ai à peine abordé, c’est celui d’internet lui même. Qu’à cela ne tienne, je vais m’en charger pas plus tard que dès aujourd’hui. Je ne manque pas de ressources sur la question, le plus compliqué, ce sera juste de faire le tri.
A vrai dire, ça n’est pas tout à fait par hasard que je choisis ce sujet aujourd’hui. Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que j’ai reçu cette semaine sur Facebook une demande d’ajout de ma grand-mère. Sans pour autant dévoiler son identité, je vous dirai simplement que c’est la mère de ma mère – étonnant non ? – qu’elle est née et vit en Bretagne et qu’elle fêtera cette année ses 82 ans. Alors, certes, j’avais déjà eu l’occasion de constater qu’elle maitrisait très bien l’envoi des emails, l’affaire était entendue, mais cette invitation Facebook… je me dois d’être franc… j’ai été plutôt bluffé. J’y vois une preuve de plus de ce qu’on entend un peu partout et de plus en plus, internet touche aujourd’hui tous les milieux et toutes les générations. Et pourtant au départ… c’était loin d’être évident.
La deuxième raison qui me donne envie d’écrire ce billet, c’est la découverte toute récente que j’ai faite d’un terme – et derrière le terme, d’un concept – dont on commence à entendre parler pas mal sur la toile. A tout le moins, dans les milieux autorisés. Mais si, vous savez bien, ces endroits où l’on s’autorise à penser… Bref, ce terme-concept, c’est la curation. En anglais dans le texte. Et en français aussi, en fait, dans la mesure où il a été adopté tel quel, malgré la préexistence du mot curation dans notre langue, et son sens médical sans rapport aucun avec celui qui va nous intéresser aujourd’hui. Enfin, notez, des rapports, avec un peu d’imagination, on pourrait en trouver entre à peu près tout et pratiquement n’importe quoi… mais le risque serait important de tomber lourdement dans la capillotraction caractérisée. Je m’abstiendrai donc.
Je ne sais pas vous, mais j’ai personnellement découvert internet en 94, avec notre premier abonnement Wanadoo à la maison, via un modem 33.6k à la mélodie si… je cherche l’adjectif… harmonieuse ? Pour ceux qui n’ont pas connu ou qui ne s’en souviennent pas, petite piqure de rappel. Si vous étiez connectés à cette époque, vous vous rappelez sans doute de la jungle qu’était internet. Il faut dire que… Google n’existait pas. Sans rentrer dans les détails, nous étions face à une masse encore presque quantifiable de “pages personnelles”, au style graphique souvent douteux, répertoriées tant bien que mal sur ce qui s’apparentait bien plus à des annuaires qu’à des moteurs de recherche tels que nous les connaissons aujourd’hui, en tête desquels… un certain Yahoo!
Rassurez vous… je ne vais pas m’amuser à faire tout un historique d’internet. D’autres l’ont déjà fait bien mieux que je ne le pourrais. Mais permettez moi simplement une petite synthèse pour introduire le concept du jour.
Au départ donc… un fatras de pages personnelles par une poignée de geeks de la première heure – j’imagine que je dois légitimement m’inclure dedans -, à peu près introuvables sauf à avoir lu l’adresse dans une revue ou au hasard d’un annuaire. Explosion de couleurs criardes, de titres en Comic Sans MS, de gifs animés dans tous les sens… et on aimait ça. Les spécialistes parleront de l’époque du “Few-to-Many” – en français : de peu vers beaucoup – où quelques créateurs de pages œuvraient pour un nombre grandissant de surfeurs passifs.
Puis la chose s’est démocratisée. Nous sommes passés à une situation plus proche du “Many-to-Everybody” – de beaucoup vers tout le monde. De plus en plus de gens se sont mis à faire des sites. Et progressivement, sans nous en rendre compte, nous sommes même entrés dans l’ère du fameux web deux point zéro, le web participatif, “Everybody-to-Everybody”.
A chacun sa part du territoire internet. Tout le monde peut s’inscrire sur Facebook – même ma grand-mère – et entrer en contact avec ses connaissances partout dans le monde, publier de ses nouvelles, laisser des commentaires sur celles des autres, sur leurs photos… Tout le monde peut mettre une vidéo sur Youtube, Dailymotion, ou n’importe quelle autre plateforme de partage de vidéos. Tout le monde peut ouvrir un blog, le plus simplement du monde, en 5 minutes. Tout le monde peut ajouter des articles ou les compléter sur Wikipédia – sous réserves de respecter la charte, évidemment… Internet est ouvert à tous. Il ne tient qu’a vous d’y participer.
Un des derniers gros acteurs a avoir émergé sur la toile est Twitter. Ce réseau social, que j’ai dans un premier temps vu comme un clone de Facebook plutôt limité, est en réalité, je m’en rend bien mieux compte aujourd’hui, bien plus que ça. Je vais y revenir.
Google règne en maître sur cet univers. Digérant tout le contenu accessible quasiment en temps réel, de sorte que vous pouvez trouver sans effort un article publié dix minutes plus tôt traitant d’un évènement qui date d’il y a un quart d’heure. Enfin quand je dis un article… il faut généralement compter en dizaines si c’est un sujet d’importance, si vous voyez un peu où je veux en venir…
L’informaticien que je suis ne peut qu’être fasciné par tout cela. le citoyen aussi, du reste. Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui des rôles déterminants dans les mouvements, sociaux eux aussi, du monde entier. En Iran, en Tunisie, en Egypte… ils font trembler les pouvoirs en place, quand ils ne font pas, même, tomber des dictatures. On pourrait penser alors que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oui mais… non. Avez vous lu ma chronique numéro 5 sur la masse grandissante d’information dont on nous abreuve ? Si la réponse est non, je ne vous félicite pas. Mais il n’est pas trop tard pour le faire. Je le disais un peu plus haut, aux débuts d’internet, faute de moyens réellement efficaces d’indexation et de recherche, il était compliqué de trouver ce que l’on cherchait. En 2011, du fait de la masse de pages créées quotidiennement sur tout et n’importe quoi, trouver l’info pertinente que l’on recherche… peut finalement se révéler tout aussi périlleux.
Arrêtons nous un instant sur les deux plus gros réseaux sociaux de notre époque, Facebook et Twitter. Sur le premier, l’idée de base est d’établir un contact virtuel avec les gens que l’on connait. Famille, amis, collègues… on se trouve, on se lie sur le réseau, et on peut alors partager ses états d’âme, compte rendus de vacances ou opinions sur sa direction – avec le risque, aujourd’hui connu, de se faire licencier. L’utilisateur lambda doit avoir entre cinquante et cent contacts en moyenne qui ne sont en général pas “actifs” tout les jours. Bref, en principe, on arrive à peu près à suivre – j’entends par là, à parcourir en diagonale toutes les publications et à repérer celles qui nous intéressent.
Twitter est aussi un réseau social, mais avec deux différences majeures. La première, c’est qu’on ne crée pas uniquement des liens avec des personnes que l’on connait IRL – “In Real Life”, soit en français, “dans la vraie vie”. Sur Twitter, on peut s’abonner aux “tweets” de n’importe qui nous paraissant intéressant. Comprenons nous bien, la notion d’abonnement ne sous entend pas de souscrire quelque contrat que ce soit… Il s’agit juste de cliquer sur un bouton pour signifier que l’on désire voir sur son mur d’actualités – ce qu’on appelle la “TimeLine” – toutes les publications du compte auquel on s’abonne. La deuxième différence, c’est donc ce concept de tweets, messages courts de 140 caractères maximum, l’unique chose que l’on peut publier sur le réseau. Dans l’idée de base, point de vidéos ou de photos, des messages courts et puis c’est tout. Dans les faits… c’est un peu différent, les tweets servant très souvent à partager des liens vers des articles que l’on vient de trouver.
Supposons, par exemple, qu’on s’intéresse à la politique et à l’actu. Une fois créé son compte Twitter, on peut commencer par s’abonner aux tweets des différents journaux et partis politiques présents sur le réseau – soit tous, grosso modo. Au delà des partis, on peut aussi s’abonner aux tweets de personnalités politiques elles mêmes. Il reste toujours à prouver que ce sont bien eux qui les écrivent, mais la question n’est pas là, tant que les publications sont pertinentes… Ceci faisant, on peut facilement avoir déjà une trentaine ou une quarantaine d’abonnements. Et on n’est qu’au premier jour.
Une autre caractéristique importante de Twitter, c’est la possibilité de retweeter. Autrement dit, quand on lit un tweet intéressant, en un clic, on peut le republier à destination de tout les gens abonnés à nos publications. Donc… si vous me suivez… quand on s’abonne à un compte intéressant, on peut aussi voir ses retweets, autrement dit des publications d’autres comptes qu’il a trouvé intéressantes. Partant de là, on peut aller voir toutes les publications de ce compte que l’on ne connaissait pas, et si il s’avère que l’on aime bien ce qu’il publie, on peut s’y abonner.
Je vous laisse imaginer le nombre de comptes auxquels on peut rapidement se retrouver abonné. Et étant donné que la simplicité de Twitter incite à partager beaucoup de choses… En moins de temps qu’il n’en faut pour le lire… on se retrouve un peu noyé.
On retombe un peu sur le problème de la chronique numéro 5. Vous l’avez lue entretemps non ? Parce que si vous ne faites pas d’efforts hein… on ne va pas y arriver ! Trop d’infos, tue l’info. Et c’est là qu’intervient ce fameux nouveau concept que j’évoquais en introduction. La curation. J’ai été un peu long pour y arriver, mais vous comprendrez qu’il fallait bien que je plante le décor.
Dans le vocabulaire anglo-saxon, le “curator” désigne en gros un conservateur, dans une galerie ou un musée par exemple. C’est celui qui va faire un travail de veille et de rassemblement de différentes œuvres d’un artiste ou autour d’un thème donné. Sur internet, le rôle du curateur, sera un peu similaire. Partant d’un sujet particulier, il va s’agir de faire un tri dans la masse d’articles, issus de journaux en ligne, de blogs, ou de n’importe où ailleurs, afin de mettre à disposition des personnes intéressées ce que l’on aura jugé comme le minimum réellement utile et pertinent. N’allez pas croire que ce rôle est l’apanage de quelques happy few. Je vous rappelle que nous sommes dans le web 2.0. Everybody-to-Everybody. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de plateformes – des plateformes de curation, donc – a émergé sur internet de sorte que nous pouvons tous aujourd’hui être des curateurs.
Comme je vous le disais, je viens juste de découvrir le phénomène, dans la mesure où on commence à pas mal en entendre parler. Je manque donc de recul pour exprimer un point de vue dessus. Je le ferai éventuellement dans une prochaine chronique, maintenant que vous savez de quoi on parle – merci qui ? Je peux toutefois vous donner quelques illustrations pour que vous vous représentiez la chose.
Commençons par le site Paper.li, par exemple. Une page un peu au hasard, Le Journal de l’Environnement. Qu’est ce donc ? Et bien cette page correspond au compte d’une personne, intéressée selon toute vraisemblance par l’environnement, et qui compile ici, via les fonctionnalités de cette plateforme, les publications de plusieurs personnes qu’elle a sélectionné et qui traitent de l’environnement. Comme le libellé l’indique, la chose s’apparente à un vrai journal, et la personne qui a crée le compte joue d’une certaine manière un rôle de rédacteur en chef.
Prenons un autre exemple. Une plateforme française tout récemment créé, nommée Scoop.it!. Petite vidéo de présentation – en anglais.
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Bnr6QKKcsII[/youtube]
Je ne sais pas si vous percevez l’idée mise en avant. Elle est toute simple. C’est la possibilité pour tout le monde d’administrer un site, sans avoir rien à dire, et sans même avoir quoi que ce soit à écrire. Il est simplement question de compiler des liens ou des articles sur un sujet donné, et de partager cette compilation.
Je ne vais pas développer d’avantage aujourd’hui. Ce billet est déjà bien long. Mais j’y reviendrai avant longtemps, quand j’aurai un peu plus digéré la chose. Si j’ai pu quelque peu éveiller votre intérêt… n’hésitez pas à y penser d’ici là… La curation, concept génial pour faire un peu de tri dans l’immensité internet, ou porte ouverte à toujours plus de “pollution” ?
Je vous pose la question. Parce que moi, pour le moment… je ne le sais pas…
(Pour avancer un peu dans la réflexion, je vous recommande déjà la lecture de ce petit billet amusant : http://owni.fr/2011/02/13/non-a-la-curation/)



