La chronique du week-end #13 – Et là, c’est le tram. Belsunce breakdown.

Tramway (Marseille / Cours Belsunce)

Tramway (Marseille / Cours Belsunce)

Vendredi, dernier moment, page blanche, tout ça… Pour un peu ça deviendrait presque une habitude. Que voulez-vous, c’est bien beau de se fixer l’objectif d’une chronique hebdomadaire, mais il faut bien réaliser à un moment donné que ça implique d’écrire chaque semaine. Et ça, ça fait mal. Enfin, pas de panique… encore une fois, ça tombe relativement bien… j’ai un gros coup de gueule à passer. Et vu comme je vois rouge, ça va encore balancer sévère.

Oui, bon, j’en fait un peu des caisses. En vrai la chose ne m’atteint qu’à peine, tant il est vrai que mon flegmatisme tranquille n’est pas dénué de placidité. Mais s’il en était autrement… soyez assurés  que j’aurais déjà entamé la tournée des torgnoles. Parce que si je suis tout disposé à convenir que la vie n’est pas grave… vient un moment, tout de même, où on pourrait envisager de cesser un peu de déconner.

On lutte tous un peu à notre manière contre la connerie, quelque part. Elle ne devrait plus exister d’ailleurs, depuis le temps qu’on lutte. Mais voilà, le problème, et il est de taille, c’est que nous ne la voyons pas tous aux mêmes endroits. Donc en vérité nous luttons un peu tous les uns contre les autres. Et ça n’avance guère. Si ça se trouve, dans une certaine mesure, il suffirait que l’on arrête tous de lutter pour régler en partie la question. Allez savoir. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat. Je voulais juste meubler un peu. Au passage, je vous recommande la lecture de “Mort aux cons” qui m’a bien fait marrer il y a quelques mois.

Vous vous souvenez de Marcel, que j’évoquais dans la chronique n°8 ? Il habite Marseille. Et au quotidien, quand il ne marche pas, il prend le tram. C’est merveilleux le tram. C’est certes moins rapide que le métro, mais il y a un avantage indéniable, la vue. Pas de galerie en sous-sol, de marches, d’escalators… Le tram a les pieds sur terre et c’est quand même plus sympa. Enfin ça ce n’est que mon avis. Et, dans la mesure où vous pouvez aussi aller vous faire voir, vous n’êtes pas tellement obligés de le partager. Je plaisante, évidemment. En vérité bien sûr que vous êtes obligés. Ça n’est pas la Tunisie libérée ici. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat non plus. Je voulais juste meubler un peu.

Vous dites ? Je meuble beaucoup ? Ah… ça s’est donc vu. Et bien oui, soit, je meuble beaucoup. Mais bon, mon sujet cette semaine est plutôt léger au départ, aussi, il faut dire. Alors je fais ce que je peux. Je digresse,  je tourne autour du pot, je temporise, je fais diversion. Mais d’accord… d’accord, puisque vous me prenez sur le fait, j’y viens.

Il existe une règle de base dans un tram. Notez que cette règle, au sens large, pourrait valoir aussi pour un tas d’autres choses, comme par exemple une boite de petits pois ou de haricots verts. Vous connaissez la différence entre les deux d’ailleurs ? Et bien simplement, les petits pois sont rouges. Passons… ça n’a toujours pas de rapport avec la fameuse règle dont je parle et que je vais vous exposer enfin sans plus attendre. Un tram, c’est un espace limité avec un nombre tout aussi limité d’ouvertures. Par conséquent, et sans rentrer dans les détails scientifiques dont nous n’avons que faire, tout le monde peut comprendre que, pour que “ceux-là qu’ils veulent rentrer dedans” il puissent rentrer dedans, il faut préalablement que “ceux-là qu’ils veulent sortir dehors” ils sortent dehors. Vous me suivez ? Exemple.

Marcel est d’un naturel très paisible de manière générale. D’autant plus quand il restait du café le matin dans la salle de pause. Quand il quitte son boulot, il lui arrive de passer au Centre Bourse faire une course. Quelquefois il y va à pied. Mais le plus souvent, pour avoir le temps de faire le tour des rayons avant la fermeture, il prend le tram. Et il descend donc à Belsunce…

Le cours Belsunce. Fleuron des quartiers phocéens, coincé entre la Gare et le Vieux Port comme disait l’autre (Belsunce Breakdown). Trait d’union entre la Porte d’Aix – et son Marché du Soleil -, et la Canebière un brin défraichie – mais on l’aime bien quand même. Un des seuls endroits que je connaisse où on peut s’acheter des baskets neuves à prix cassé tous les dimanches de l’année. Mais… en l’occurrence ça n’est pas ce qui intéresse Marcel.

Parce que Marcel, des baskets, il en a déjà. Alors il s’en fout. En plus on n’est pas dimanche. Non, là il veut juste aller faire un tour au Centre Bourse, et pour l’heure il est dans le tram. Il remonte la rue Colbert. Et son angoisse, imperceptiblement, monte aussi. Le tram tourne au bout de la rue… et approche de l’arrêt…

Et là Marcel les voit. Et eux voient le tram. Et l’angoisse devient alors palpable. Il va falloir du courage. Ça s’annonce serré. D’ailleurs autour de Marcel ça s’agite. Le compte à rebours est commencé. Pas sûr que tout le monde s’en sorte.

Le tram ralentit. Et dehors ça s’entasse. Mais combien sont-ils ? Mon dieu. Tout ça…

Les portes s’ouvrent. Et j’en reviens à la règle énoncée plus haut. Ces gens là… ils ne la connaissent pas. La logique voudrait que la masse du dehors attende un moment sur le côté. Mais pas là, allez savoir pourquoi, ils sont pile en face. C’est bête. Mais c’est comme ça.

Et Marcel sait, malgré tout, qu’il doit agir. Inimaginable de rester immobile et d’attendre, car il descend ici. Alors Marcel inspire un grand coup. Erreur stupide. Le tram c’est cool. Mais c’est rempli de gens qui travaillent. Et en fin de journée, quand on est au milieu de gens qui ont travaillé, dans un environnement quelque peu confiné… il ne faut  pas inspirer un grand coup. Total, le coup, c’est Marcel qui l’accuse un peu… Mais il n’a pas vraiment le temps d’y penser… car derrière ça pousse. Ceci dit, devant, ça bloque.

“Ecoutez tas de cons. Qui êtes toujours en face. Vous voyez bien qu’on sort. Vous aurez tous une place… écartez vous deeeee suite, sinon je vous fracasse.”

C’est ce qu’il faudrait dire. Et balancer des claques. Mais Marcel est sociable.

Alors il se fraye un chemin, en bousculant au passage. Petite feinte à gauche. Blocage. Contournement. Accélération. Coup d’épaule. C’est technique. Dans la petite contre allée les voitures passent. Il ne faut pas se laisser emporter par son élan.

Arrivé au calme, Marcel se retourne. Et il contemple les portes, qui restent ouvertes quelques longues secondes. Et encore quelques personnes qui rentrent… tranquillement. Et il se demande.  Il se demande qui sont ces gens qu’il a bousculé. Quelles sont leurs angoisses. Et surtout une… Quelle est cette putain d’angoisse qui pousse ce tas d’huitres à s’agglutiner devant cette porte et à bloquer ceux-là qui sortent ? C’est quand même quelque chose. La médecine fait quoi pour eux ?

On laisse sortir les gens, et après on rentre. Le chauffeur ne fermera ses portes sur personne. Qu’est ce qui n’est pas clair sérieusement ? Ahhh…  attendez… j’ai peut être une explication ! En fait, ces gens, ils sont peut être juste très chaleureux. Peut être qu’ils aiment le contact viril des corps qui se croisent violemment. C’est juste un gros kiff.

Ouais. Et donc Marcel… si on va par là… il doit subir une meute de détraqués sexuels à chaque fois qu’il veut faire une course au Centre Bourse ? Et puis quoi encore. Qu’ils fassent du rugby ! Ils pourront même partager des douches.  Non, franchement.

Notez que dans les bus, on a réglé le problème. Je ne sais pas chez vous… mais ici on rentre par l’avant, et on sort par l’arrière. Enfin quand on valide un ticket du moins. C’est pas con. Ça demande un peu d’organisation dans le bus. Un peu d’anticipation. Mais c’est pas con. On pourrait presque imaginer la même chose dans le tram. Oui mais… ne serais-ce pas céder à la facilité ? Se défausser de la noble tache d’apprendre à celui qui ne sait pas ? Je me demande. Si ça se trouve, la vraie solution, c’est bel et bien les claques.

Ou alors parler ? Difficile. Dans la situation… très peu de temps. Il faudrait être extrêmement synthétique avant qu’ils ne filent. C’est coton. Par contre…

Marcel pourrait écrire un tract. Un petit tract. Pas agressif. Pédagogique. Et même… avant d’imaginer donner une leçon… il pourrait essayer d’obtenir des réponses, en laissant une adresse email. Il en garderait toujours quelques uns dans son sac. Et au moment opportun, il en distribuait un ou deux aux phénomènes qui se présenteraient face à lui.

Allez savoir… les réponses pourraient être amusantes… vous m’aidez ? Vous pensez qu’on pourrait changer un petit quelque chose comme ça ?

Je vous… question… parce que… pas.

La chronique du samedi #7 – Allez voir Alger, là-bas, si j’y suis.

Alger la Blanche (vers 1920)

Alger la Blanche (vers 1920)

Il y a quelques temps de ça, j’ai bénéficié d’une petite semaine de formation à Aix-en-Provence. C’est là que tout a commencé. Enfin… non. Pas exactement. A dire vrai mon implication dans cette sombre histoire remonte à l’été dernier. Mais c’est un petit matin froid de novembre que l’affaire a pris un tournant irréversible. Et je pèse mes mots. J’explique.

Vous ne le savez peut être pas, mais en dehors d’alimenter ce blog, j’ai un vrai métier. Je me doute que le mythe va passablement s’effondrer. Vous m’en verrez sincèrement désolé. Mais vous admettrez qu’il faut bien vivre. Pour faire court, je sévis comme développeur dans une société d’info-logistique au service de la place portuaire marseillaise. Dans le cadre de ce que j’appellerai des accords commerciaux avec plusieurs places portuaires algériennes, j’avais été amené, dans un premier temps, à participer à des développements – informatiques – spécifiques. Et ce fameux matin que j’évoquais plus haut, alors que j’étais en pause café entre deux sessions de formation, j’ai reçu un petit SMS d’un des responsables de ma société.

“Salut David. Tu viens de gagner un séjour à Alger début décembre avec Julien [...].”

Je vous passe le détail. Déjà parce que vous n’êtes pas sur WikiLeaks et que je n’ai pas pour but de révéler des secrets professionnels concernant les relations de travail Franco-Algériennes – chacun sa vocation. Egalement car cela risquerait fort de ne pas fondamentalement vous passionner. Je ne tiens absolument pas à ce que vous vous endormiez ici. Je dirai donc simplement que Ju et moi étions missionnés pour aller installer et configurer des serveurs – informatiques – dans des locaux du Port d’Alger. Ju, à la base c’est un camarade de promo de l’IUT, ensuite c’est devenu un pote et, depuis début 2008 et mon retour sur Marseille, c’est également un collègue de travail.

Jusqu’à cette année, je n’avais jamais mis les pieds sur le continent africain. J’avais vu des photos, des reportages et entendu des témoignages. J’avais aussi vaguement entendu dire, par une personnalité de haut rang, que le drame de l’homme, là bas, était de n’être pas assez rentré dans l’histoire. Mais il me restait encore à vérifier cela par moi même. Car, entre vous et moi, j’avais des doutes.

Au printemps dernier, première. J’ai effectué une semaine de trek au Maroc, dans l’Atlas. Point culminant de l’aventure : le sommet du Toubkal à 4167 mètres d’altitude. Passage au départ et à l’arrivée par Marrakech et son effervescence. Je vais la faire courte, dans l’ensemble j’avais préféré le trek en Corse que j’avais effectué l’été d’avant. Mais j’étais ravi de faire mes premiers pas en Afrique et mon premier 4000 – certes pas des plus difficiles, mais il faut commencer quelque part.

Voila donc que, quelques mois plus tard, le destin décide de me faire franchir à nouveau la Méditerranée. Je ne sais pas qui l’a rencardé au sujet de mon goût pour les voyages. En tout cas c’est bien tombé. Mektoub.

Lundi matin, je retrouve donc Ju à sept heures, gare Saint Charles, pour prendre la navette vers l’aéroport de Marseille Provence – aussi nommé Marignane, sur les cartes. Enregistrement, café, embarquement, décollage, le tout se fait parfaitement dans les temps. A onze heures nous sommes à l’aéroport d’Alger. En guise de sympathique accueil, deux impressionnantes files d’attente à la douane pour les deux uniques guichets ouverts. Je n’ai rien a déclarer, si ce n’est que je suis armé de patience. Dans le contexte c’est plutôt utile. Une heure plus tard, les bagages récupérés, nous retrouvons la personne qui nous attend et nous partons vers la ville.

Police algérienne

Police algérienne

Sur le trajet, trois choses me marquent d’entrée de jeu. Avant tout, la présence ostensible de policiers en armes un peu partout en bordure de route et aux carrefours. Pas de zèle particulier – nous n’avons jamais été contrôlés au cours du séjour – mais l’impact visuel est là. Le deuxième élément que je note, c’est ce que j’appellerais la poussière ambiante. Faute de belles et larges routes asphaltées régulièrement entretenues, auxquelles nous sommes habitués en France, et du fait de l’aridité plus élevée du climat, terre et gravillons envahissent le territoire, notamment routier. J’ai un peu l’impression que toutes les voitures qui nous entourent reviennent du Paris-Dakar. Ceci m’amène tout naturellement au dernier point, la conduite. Quand j’ai posé la question de l’existence du permis à points en Algérie, on a rit. “Le permis à poings ? Non. Ici c’est le permis à épaules.” En clair, sur la route il est capital de savoir s’imposer. Les lignes blanches sont purement décoratives. L’avertisseur sonore est le prolongement de la pensée. Les bandes d’arret d’urgence sont des voies de dépassement. Les freins en bon état de marche constituent une assurance vie. C’est sportif. Avant un trajet, mangez léger.

Nous arrivons dans la société partenaire de la notre ici à Alger où nous attendent, outre nos homologues, des plateaux repas. Rencontre avec l’enthousiasme. La discussion que nous avons tout en mangeant me fait prendre pleinement conscience de l’avancée que représente, pour l’Algérie, le déploiement d’une solution de logistique portuaire éprouvée en France. “Pour nous, c’est un raccourci de 30 ans…” Il faut savoir qu’actuellement, un conteneur qui arrive au port d’Alger attend fréquemment plus de 20 jours avant d’être déchargé. Je me sentirais presque fier, pour le coup, de participer à mon petit niveau au développement du pays. Après le repas nous filons dans les locaux informatique du Port. C’est là que nous travaillerons pendant les 4 jours.

La nuit est déjà tombée depuis un bon moment quand nous terminons la première après midi de travail. Il est temps de gagner notre hôtel. Nous avons des réservations à l’El-Aurassi dont on m’a plus que vanté la vue sans égale qu’il offre sur toute la baie. Nous arrivons à la réception. Nous donnons nos noms. La réceptionniste cherche quelques longues secondes.  Elle nous demande si nous sommes d’une société dont je ne retiens pas le nom. Absolument pas. Une légère inquiétude m’envahit. Elle nous demande si nous sommes là pour je ne sais quelle convention. Non plus. Elle nous fait confirmer nos noms, cherche encore un peu, et nous annonce un peu désolée que l’hôtel est réquisitionné entièrement depuis trois ou quatre jours et qu’en tout état de cause il n’y a pas de chambre pour nous.

Bien bien bien. Très bien. Bon…

Une explication rationnelle existe, tout autant qu’une solution. J’appelle un responsable de notre boite. Il s’avère que nos réservations ont effectivement été changées mais que le mail pour nous avertir a été envoyé un peu trop tard pour que nous puissions le voir. Nous sommes donc à l’hôtel Mercure qui est…

… à l’autre bout de la ville. C’est ballot.

Quelqu’un vient nous chercher, nous roulons une bonne demi-heure et nous arrivons finalement au bon endroit. Les vigiles à l’entrée du parking font ouvrir le capot et le coffre pour jeter un rapide coup d’oeil. Je ne sais pas trop à quoi. Je doute qu’ils contrôlent la vidange et la roue de secours. Par chance notre  chauffeur ne  trimbale pas  de cadavre, ce qui fait que nous entrons sans histoire. Nous prenons possession de nos chambres. L’hôtel Mercure, c’est classe. Ça n’est pas le plus haut de la gamme chez Accor, ok, mais on n’est pas non plus dans le même monde qu’à hôtel Ibis. D’ailleurs pour fêter ça, on va tester le sauna. Je n’avais essayé qu’une fois, à la piscine municipale de Digne. J’avais trouvé ça complètement étouffant. Ce soir là, j’ai une bien meilleure sensation. J’irai même jusqu’à dire que c’est extrêmement agréable. Je me note mentalement de réitérer.

Comme les repas sont servis jusqu’à vingt trois heures, nous allons manger. Et comme la journée fut un peu éprouvante, nous regagnons nos chambres.

Je ne vais pas faire le compte rendu heure par heure de la suite du séjour. Ça ne présente pas un grand intérêt. D’autant que nous étions là pour travailler et que nous n’avons pas fait de tourisme. Ce que je déplore. Mais s’il doit y avoir une prochaine fois, assurément je prendrai mes dispositions pour rester au moins un jour de plus.

Je dirai donc simplement en vrac deux ou trois choses. Il faut noter, déjà, que c’est grâce a une dérogation que nous avons pu travailler dans les locaux du Port le mardi 7 décembre. Car ce jour était férié là bas, correspondant au nouvel an – et à l’entrée dans l’année 1432 – dans le calendrier de l’Hégire. Point de fête en ce qui nous concerne, mais le soulagement, pour une journée, d’effectuer nos trajets du matin et du soir au cœur d’un trafic allégé. Et ce n’est pas peu dire. Car la circulation ici est un réel problème…

Un détail m’a beaucoup amusé lors des diverses discussions que l’on a pu avoir avec des algériens. Il a trait aux réputations que peuvent avoir les villes de France et d’Algérie. Prenons Paris. C’est connu pour être une ville de business. Les gens y sont toujours pressés, ont la mine impassible, ne sont pas tibulaires mais presque. Marseille, en comparaison, est globalement jugée plus détendue. On dira que c’est plus compliqué de travailler efficacement avec les gens, mais on reconnaitra qu’ils sont plus prompts à sourire et raconter des galéjades. Depuis Marseille, j’ai souvent entendu dire qu’il pouvait s’avérer un peu compliqué de travailler avec Alger. Rythme de travail et conception de l’organisation différents, là encore…

Alors quand j’ai entendu un algérois me donner son point de vue sur les gens d’Oran… Expliquant en substance qu’ils sont sympathiques, pas stressés, toujours positifs mais rarement actifs… je n’ai pu m’empêcher de mourir de rire intérieurement. Et j’ai bien compris alors, qu’on est définitivement tous le paresseux de quelqu’un. Il faudra que j’aille à Oran un de ces jours, continuer le parcours jusqu’au nirvana.

Dernière chose qui m’a bien amusé, le décalage fréquent entre les cartes – dans les restaurants ou les bars – et les disponibilités réelles. Le summum du sketch en la matière étant atteint le dernier jour, alors que nous déjeunions dans un resto-snack près des locaux de notre société partenaire. Nous commençons par commander du poulet. Le serveur revient cinq minutes plus tard. Plus de poulet. A la place il nous propose de l’escalope de dinde, du filet, du rumsteak, des merguez ou de la viande hachée. A la bonne heure, nous prendrons de l’escalope. C’est entendu. Enfin c’est entendu pour cinq minutes encore, car en réalité, plus d’escalopes. Ah. Ce n’est pas grave alors, nous prendrons du filet. Voila, merci. Comment ? Plus qu’un seul filet ? Mais nom de nom… il faut arrêter maintenant ! Apportez ce qu’il y a et puis qu’on en finisse ! Je ne sais pas moi… du rumsteack par exemple, très bien ça… Ah il revient… Tu sais où tu peux te les mettre tes merg… Comment ? Ce qu’on veut boire ? Ah, pardon… Du sélecto, ça sera parfait. On va y arriver. Il faut juste rester calme.

Bon, il est l’heure, je n’ai pas dit grand chose de ce voyage, mais je dois malgré tout conclure. Sachez que nous avons totalement rempli notre mission, que ça vous intéresse ou non. Nous serons peut être amenés à revenir. J’aimerais bien, et le cas échéant je tacherai de visiter un peu la ville.

C’est très valorisant de contribuer au développement des échanges avec des pays étrangers. Et je souhaite sincèrement que notre partenariat aide l’Algérie dans son épanouissement. Peut être que d’ici peu de temps, chaque conteneur ne prendra que quelques jours à sortir du Port, faisant ainsi gagner un temps précieux aux importations et exportations de marchandise. Peut être même que le Port d’Alger dépassera en efficacité le Port de Marseille… qui à sa manière, connait de fréquents blocages… sans mentir, je vous pose la question. Parce que moi franchement, vous le savez… je ne sais pas.

Le concert du jour – Emily Jane White (Poste à Galène / Marseille)

Emily Jane White

Emily Jane White

La vie c’est des hasards. Des rencontres qui se font, ou qui ne se font pas. La musique c’est des mélodies, des notes qui se rencontrent, et qui rencontrent au hasard de la vie des Hommes, leur attention, et pourquoi pas leurs sentiments, aussi. La musique c’est tout sauf du hasard. Celui qui l’écrit doit avoir une profonde inspiration pour poser sur les portées les notes qui composeront une mélodie. Et du cœur, aussi. Mais celui qui découvre par hasard la musique n’a besoin de rien pour être profondément ému. Lui qui serait simplement passé à côté, se retrouve alors touché en plein cœur.

Pourquoi tant de lyrisme tout à coup me direz-vous ? Mais pour une raison toute simple. Quand j’ai découvert il y a un an ou deux sur Deezer Emily Jane White, par le biais de l’album Dark Undercoat, j’ai littéralement craqué pour sa musique folk. Je vais vous dire… je crois que j’adore le folk. J’adore la simplicité que dégage le plus souvent le folk. Une guitare acoustique, une voix, et c’est l’inspiration qui fait le reste. Le folk ne triche pas. Pas d’artifice. L’essentiel. Si j’osais, je parlerais d’une certaine idée de la musique à l’état pur. Mais je suis timide.

Que vous dire amis lecteurs, que vous dire. J’ai du mal à mettre des mots sur les émotions que peuvent me procurer la musique. Je vous ferais cent paragraphes pour parler de ce son sombre et de cette mélodie mélancolique, que je perçois personnellement comme si belle et si entrainante pour l’esprit, que ça ne remplacerait pas votre propre écoute et votre propre ressenti. C’est d’ailleurs bien pour cela que je vais vous poser ici les trois liens Deezer correspondants aux trois albums disponibles de la demoiselle de Californie.

Dark Undercoat (2008)
Victorian America (2009)
Ode to Sentience (2010)

Vous noterez qu’Emily est prolifique. Il faut d’ailleurs que je vous avoue que j’avais manqué la sortie du deuxième album, et que je ce n’est également qu’hier que j’ai découvert le troisième, qui est sorti il y a deux semaines.

Emily Jane White - 23 novembre 2010 - Poste à Galène (Marseille)

Emily Jane White - 23 novembre 2010 - Poste à Galène (Marseille)

La vie c’est des hasards. Et hier encore, avant de rentrer chez moi après ma journée de travail, j’avais bien d’autres choses en tête. Et j’ai reçu un mail. La newsletter d’une salle de concert marseillaise, le Poste à Galène. J’aime profondément la musique, et j’ai grand plaisir à assister à des concerts à l’occasion, mais je suis loin de vérifier fréquemment si des artistes que j’apprécie passent près de chez moi dans les mois qui viennent. Et hier soir, dans cette newsletter, j’ai appris que la miss Jane White serait le lendemain au Poste. Non pas en garde à vue, mais en show. Mon cœur à fait un bon. J’ai écouté à l’époque son premier album en boucle un nombre incalculable de fois et voila que j’apprends au tout dernier moment qu’elle passe dans une salle qui doit se trouver à 1km à vol d’oiseau de chez moi… Cinq minutes plus tard, mon billet était acheté. Vous pourrez parler d’un achat compulsif, je sais personnellement que ce n’est que ma raison qui a parlé.

Là j’en reviens. Vous dire que je suis sous le charme… certes oui je pourrais. Vous dire que ce concert était à la hauteur de mes espérances… certes oui je saurais. Mais c’est bien plus que ça ami lecteur. Ce que j’ai vécu ce soir pendant plus d’une heure et demi, le temps d’une bonne douzaine de morceaux, c’est un moment de grâce.

J’avais déjà accompagné un ami au Poste à Galène, au printemps 2008, pour voir le groupe Gravenhurst. C’est une toute petite salle qui en a sous le capot, rue Ferrari. Le lieu est chaleureux. Le contact entre artistes et public est total. Je félicite les techniciens : la balance des instruments était parfaite pour mes oreilles.

Concert Emily Jane White - 23 novembre 2010

Concert Emily Jane White - 23 novembre 2010

Comment aborder les choses… Quel plaisir de voir un groupe aussi musicalement en place… Quel plaisir d’entendre cette voix aussi posée… Aussi juste que sur les albums… Aussi délicieusement envoutante.

J’ai voyagé ce soir. Très loin. Très haut. Porté par la guitare folk, quelques fois, porté par le piano, d’autres, la demoiselle alternant les deux. Et j’entrais dans la stratosphère quand venaient, suivant les morceaux, s’ajouter les musiciens, à la basse, au violoncelle, à la batterie, à la guitare électrique, et au… heu… mais si vous savez bien… l’espèce de guitare horizontale sur laquelle on fait des slides… bref, voir photo ci-contre.

J’ai pu voir ce soir, des gens d’une humilité et d’une simplicité épatantes. Après un morceau, nouveau au répertoire visiblement, où le violoncelle eut quelque peu manqué son départ, et où le groupe recommença en échangeant quelques rires, quand vinrent les applaudissements, Emily s’excusa en souriant, expliquant en anglais qu’on venait d’assister là plus à une répétition qu’à un morceau de concert. Honnêtement, sans cet insignifiant faux départ, je n’aurais même pas remarqué.

La vie c’est des hasards, disais-je. Hier midi je n’y pensais pas. Hier soir je découvrais la programmation du Poste. Dans la foulée je découvrais que j’avais deux magnifiques albums de retard. Et ce soir, je tutoyais les anges. Qu’est ce qu’il me reste à faire ? Dire un énorme merci à celui qui a eu l’idée d’envoyer hier en fin d’après midi la newsletter du Poste. Dire un énorme merci à Emily pour sa musique merveilleuse. Vous recommander chaudement de la découvrir si ce n’est déjà fait. Et aller me coucher. Car demain est un autre jour. Et il portera comme les autres jours…

… son lot de hasards.

La chronique du samedi #1 – Quand la saleté dehors dure, est-ce benne perdue ?

Grève des éboueurs / Marseille novembre 2009

Grève des éboueurs - Marseille (nov. 2009)

“Voilaaaaaa, c’est fini.”

Hourra. Les dix milles tonnes (je ne sais pas qui a fait le calcul, ni comment, mais c’est le chiffre que l’on peut lire un peu partout dans la presse) d’ordures amoncelées jour après jour dans notre cité Phocéenne sont lentement mais surement en train de disparaitre. L’air va redevenir plus respirable d’ici à la fin du week-end et on pourra bientôt marcher normalement sur les trottoirs, pleinement concentrés sur les crottes de chiens à éviter. Une certaine idée du bonheur. Les éboueurs de Marseille ont, en effet, voté lundi dernier la fin de la grève et ont repris mardi le travail. Et moi, je m’interroge ouvertement sur ce que l’on retirera de ce grand mouvement d’immobilisme qui aura duré 14 jours.

Oh, ce n’est pas la question de la réforme des retraites, ni celle du bien-fondé des arrêts de travail et blocages de ce mois d’octobre qui occupe à cet instant mon esprit. Vous pensez… pour un premier billet je n’allais quand même pas choisir un thème aussi polémique ! Non non. Il s’agit plutôt de la relation que nous entretenons avec nos déchets, un sujet autrement plus racoleur et sexy, vous en conviendrez.

J’entends déjà les mauvaises langues qui vont arguer qu’éboueurs au boulot ou pas, Marseille n’a jamais été une ville propre. Pour un peu, certains affirmeraient même qu’ici quand il y a grève du ramassage des ordures personne ne s’en aperçoit. Que dire… c’est certes exagéré, mais malgré tout il n’y a pas de fumée sans feu. Cette ville est l’objet de mille et une critiques qui souvent m’attristent, ceci dit la saleté au quotidien y est malheureusement une réalité bien connue.

C’est simple, je n’avais jusqu’à aujourd’hui jamais entendu parler d’un site web destiné à recueillir des témoignages et à cartographier les zones de grande saleté. Et bien à Marseille figurez vous que ça existe, on l’a fait, et ça se passe ici : merdeinmarseille. A cette heure, j’hésite entre sourire et pleurer un peu.

Alors, une fois qu’on l’a dit ? On peut considérer que c’est une fatalité et que ça ne changera jamais. On le peut. Mais personnellement je n’y arrive pas, pour une raison simple : ça me rend malheureux. C’est pour cela que je préfère penser que si tant d’autre villes dans le monde parviennent à gérer la question des déchets bien mieux que nous ne le faisons ici, il existe peut être, oh oui peut être, une possibilité que nous y arrivions aussi. Et qui sait, si ça se trouve, ce n’est peut être pas si difficile.

Parce que franchement, là je fais des efforts limites surhumains pour rester calme, d’ailleurs j’espère que vous vous en rendez bien compte. Mais quand on y réfléchit, c’est quand même un tout petit peu aberrant cette histoire… La problématique des déchets, au fond, qu’est ce que c’est ? On achète, on consomme, on se retrouve avec des déchets entre les mains, on les laisse dans un endroit prévu à cet effet, ils sont ramassés, et finalement détruits ou recyclés. Voila, il me semble que la théorie c’est ça. Mais à Marseille non, à Marseille nous ne sommes pas tous le monde, et c’est un peu différent… A Marseille on achète, jusque là on dira que tout va bien. A Marseille on consomme, bon, ça va toujours (on parlera décroissance une autre fois). Mais c’est après que ça se gate… parce que après, et bien… on est bien emmerdés avec ces “putaing de déchets“, alors on en laisse déjà une partie directement par terre, puis tout de même l’autre dans une poubelle, enfin, si elle ne déborde pas déjà, sinon heu… en tas à côté, ou alors même, et bien… plus loin, puisqu’il y a déjà un début de rassemblement de cartons et de sacs… Ensuite elles sont enlevées à moitié par les éboueurs, souvent à la va vite, l’autre moitié étant éparpillée dans le même temps. Forcément, on ne ramasse pas un tas de cartons et de sacs mal fermés comme on vide une poubelle conteneur. Et au final, le vent fait le reste… Quiconque a traversé la Canebière un jour de Mistral sait très très bien de quoi je parle.

Et la plupart des gens râlent. Encore et toujours. Ça ne mange pas de pain.

Mais quand même, ne pourrait on vraiment rien faire ? Ne serait-il pas envisageable, par exemple, qu’on fasse tous l’immense l’effort de ne plus rien jeter à même le sol ? D’utiliser de vrais sacs solides et fermés pour jeter nos ordures ? De militer pour plus de poubelles dans la ville ? Ou plus grandes ? Ou ramassées plus souvent ? De trier un peu plus nos déchets recyclables ? D’abord nos bouteilles par exemple, pour ne plus crever en vélo sur des tessons… De débattre une bonne fois pour toute sur la question du “fini-parti” qui a cours chez les éboueurs de Marseille et qui semble faire tellement plus de mal que de bien ? De coller dix ans fermes à tout contrevenant à la propreté publique. D’interdire le Mistral ?

Non, pour le Mistral, je déconne.

Enfin quoi, juste entre vous et moi… est-ce qu’on va continuer comme ça à entretenir notre réputation de cité poubelle pendant des années encore ? Je vous pose la question. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…