Vendredi, dernier moment, page blanche, tout ça… Pour un peu ça deviendrait presque une habitude. Que voulez-vous, c’est bien beau de se fixer l’objectif d’une chronique hebdomadaire, mais il faut bien réaliser à un moment donné que ça implique d’écrire chaque semaine. Et ça, ça fait mal. Enfin, pas de panique… encore une fois, ça tombe relativement bien… j’ai un gros coup de gueule à passer. Et vu comme je vois rouge, ça va encore balancer sévère.
Oui, bon, j’en fait un peu des caisses. En vrai la chose ne m’atteint qu’à peine, tant il est vrai que mon flegmatisme tranquille n’est pas dénué de placidité. Mais s’il en était autrement… soyez assurés que j’aurais déjà entamé la tournée des torgnoles. Parce que si je suis tout disposé à convenir que la vie n’est pas grave… vient un moment, tout de même, où on pourrait envisager de cesser un peu de déconner.
On lutte tous un peu à notre manière contre la connerie, quelque part. Elle ne devrait plus exister d’ailleurs, depuis le temps qu’on lutte. Mais voilà, le problème, et il est de taille, c’est que nous ne la voyons pas tous aux mêmes endroits. Donc en vérité nous luttons un peu tous les uns contre les autres. Et ça n’avance guère. Si ça se trouve, dans une certaine mesure, il suffirait que l’on arrête tous de lutter pour régler en partie la question. Allez savoir. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat. Je voulais juste meubler un peu. Au passage, je vous recommande la lecture de “Mort aux cons” qui m’a bien fait marrer il y a quelques mois.
Vous vous souvenez de Marcel, que j’évoquais dans la chronique n°8 ? Il habite Marseille. Et au quotidien, quand il ne marche pas, il prend le tram. C’est merveilleux le tram. C’est certes moins rapide que le métro, mais il y a un avantage indéniable, la vue. Pas de galerie en sous-sol, de marches, d’escalators… Le tram a les pieds sur terre et c’est quand même plus sympa. Enfin ça ce n’est que mon avis. Et, dans la mesure où vous pouvez aussi aller vous faire voir, vous n’êtes pas tellement obligés de le partager. Je plaisante, évidemment. En vérité bien sûr que vous êtes obligés. Ça n’est pas la Tunisie libérée ici. Enfin ça n’est pas exactement l’objet du débat non plus. Je voulais juste meubler un peu.
Vous dites ? Je meuble beaucoup ? Ah… ça s’est donc vu. Et bien oui, soit, je meuble beaucoup. Mais bon, mon sujet cette semaine est plutôt léger au départ, aussi, il faut dire. Alors je fais ce que je peux. Je digresse, je tourne autour du pot, je temporise, je fais diversion. Mais d’accord… d’accord, puisque vous me prenez sur le fait, j’y viens.
Il existe une règle de base dans un tram. Notez que cette règle, au sens large, pourrait valoir aussi pour un tas d’autres choses, comme par exemple une boite de petits pois ou de haricots verts. Vous connaissez la différence entre les deux d’ailleurs ? Et bien simplement, les petits pois sont rouges. Passons… ça n’a toujours pas de rapport avec la fameuse règle dont je parle et que je vais vous exposer enfin sans plus attendre. Un tram, c’est un espace limité avec un nombre tout aussi limité d’ouvertures. Par conséquent, et sans rentrer dans les détails scientifiques dont nous n’avons que faire, tout le monde peut comprendre que, pour que “ceux-là qu’ils veulent rentrer dedans” il puissent rentrer dedans, il faut préalablement que “ceux-là qu’ils veulent sortir dehors” ils sortent dehors. Vous me suivez ? Exemple.
Marcel est d’un naturel très paisible de manière générale. D’autant plus quand il restait du café le matin dans la salle de pause. Quand il quitte son boulot, il lui arrive de passer au Centre Bourse faire une course. Quelquefois il y va à pied. Mais le plus souvent, pour avoir le temps de faire le tour des rayons avant la fermeture, il prend le tram. Et il descend donc à Belsunce…
Le cours Belsunce. Fleuron des quartiers phocéens, coincé entre la Gare et le Vieux Port comme disait l’autre (Belsunce Breakdown). Trait d’union entre la Porte d’Aix – et son Marché du Soleil -, et la Canebière un brin défraichie – mais on l’aime bien quand même. Un des seuls endroits que je connaisse où on peut s’acheter des baskets neuves à prix cassé tous les dimanches de l’année. Mais… en l’occurrence ça n’est pas ce qui intéresse Marcel.
Parce que Marcel, des baskets, il en a déjà. Alors il s’en fout. En plus on n’est pas dimanche. Non, là il veut juste aller faire un tour au Centre Bourse, et pour l’heure il est dans le tram. Il remonte la rue Colbert. Et son angoisse, imperceptiblement, monte aussi. Le tram tourne au bout de la rue… et approche de l’arrêt…
Et là Marcel les voit. Et eux voient le tram. Et l’angoisse devient alors palpable. Il va falloir du courage. Ça s’annonce serré. D’ailleurs autour de Marcel ça s’agite. Le compte à rebours est commencé. Pas sûr que tout le monde s’en sorte.
Le tram ralentit. Et dehors ça s’entasse. Mais combien sont-ils ? Mon dieu. Tout ça…
Les portes s’ouvrent. Et j’en reviens à la règle énoncée plus haut. Ces gens là… ils ne la connaissent pas. La logique voudrait que la masse du dehors attende un moment sur le côté. Mais pas là, allez savoir pourquoi, ils sont pile en face. C’est bête. Mais c’est comme ça.
Et Marcel sait, malgré tout, qu’il doit agir. Inimaginable de rester immobile et d’attendre, car il descend ici. Alors Marcel inspire un grand coup. Erreur stupide. Le tram c’est cool. Mais c’est rempli de gens qui travaillent. Et en fin de journée, quand on est au milieu de gens qui ont travaillé, dans un environnement quelque peu confiné… il ne faut pas inspirer un grand coup. Total, le coup, c’est Marcel qui l’accuse un peu… Mais il n’a pas vraiment le temps d’y penser… car derrière ça pousse. Ceci dit, devant, ça bloque.
“Ecoutez tas de cons. Qui êtes toujours en face. Vous voyez bien qu’on sort. Vous aurez tous une place… écartez vous deeeee suite, sinon je vous fracasse.”
C’est ce qu’il faudrait dire. Et balancer des claques. Mais Marcel est sociable.
Alors il se fraye un chemin, en bousculant au passage. Petite feinte à gauche. Blocage. Contournement. Accélération. Coup d’épaule. C’est technique. Dans la petite contre allée les voitures passent. Il ne faut pas se laisser emporter par son élan.
Arrivé au calme, Marcel se retourne. Et il contemple les portes, qui restent ouvertes quelques longues secondes. Et encore quelques personnes qui rentrent… tranquillement. Et il se demande. Il se demande qui sont ces gens qu’il a bousculé. Quelles sont leurs angoisses. Et surtout une… Quelle est cette putain d’angoisse qui pousse ce tas d’huitres à s’agglutiner devant cette porte et à bloquer ceux-là qui sortent ? C’est quand même quelque chose. La médecine fait quoi pour eux ?
On laisse sortir les gens, et après on rentre. Le chauffeur ne fermera ses portes sur personne. Qu’est ce qui n’est pas clair sérieusement ? Ahhh… attendez… j’ai peut être une explication ! En fait, ces gens, ils sont peut être juste très chaleureux. Peut être qu’ils aiment le contact viril des corps qui se croisent violemment. C’est juste un gros kiff.
Ouais. Et donc Marcel… si on va par là… il doit subir une meute de détraqués sexuels à chaque fois qu’il veut faire une course au Centre Bourse ? Et puis quoi encore. Qu’ils fassent du rugby ! Ils pourront même partager des douches. Non, franchement.
Notez que dans les bus, on a réglé le problème. Je ne sais pas chez vous… mais ici on rentre par l’avant, et on sort par l’arrière. Enfin quand on valide un ticket du moins. C’est pas con. Ça demande un peu d’organisation dans le bus. Un peu d’anticipation. Mais c’est pas con. On pourrait presque imaginer la même chose dans le tram. Oui mais… ne serais-ce pas céder à la facilité ? Se défausser de la noble tache d’apprendre à celui qui ne sait pas ? Je me demande. Si ça se trouve, la vraie solution, c’est bel et bien les claques.
Ou alors parler ? Difficile. Dans la situation… très peu de temps. Il faudrait être extrêmement synthétique avant qu’ils ne filent. C’est coton. Par contre…
Marcel pourrait écrire un tract. Un petit tract. Pas agressif. Pédagogique. Et même… avant d’imaginer donner une leçon… il pourrait essayer d’obtenir des réponses, en laissant une adresse email. Il en garderait toujours quelques uns dans son sac. Et au moment opportun, il en distribuait un ou deux aux phénomènes qui se présenteraient face à lui.
Allez savoir… les réponses pourraient être amusantes… vous m’aidez ? Vous pensez qu’on pourrait changer un petit quelque chose comme ça ?
Je vous… question… parce que… pas.






