Le livre du jour – A l’assaut du Khili-Khili (William Ernest Bowman)

A l'assaut du Khili-Khili (W.E. Bowman)

A l'assaut du Khili-Khili (W.E. Bowman)

Vous pensez que l’Everest est le plus haut sommet du monde ? Pardonnez-moi de vous contredire, mais non. Cet honneur revient au Khili-Khili qui culmine largement au dessus des dix mille mètres. Et le bouquin dont je voulais vous entretenir aujourd’hui relate l’expédition de sept grands hommes, et leurs trois mille porteurs, qui s’étaient fixé l’objectif d’en venir à bout.

Chacun a sa spécialité, guide, médecin, scientifique… mais tous ont en commun un amateurisme et une incompétence rares. Pourtant, le chef d’expédition – qui se trouve être le narrateur de l’histoire – ne se départira jamais de son positivisme tout britannique. Quand bien même il apparait comme totalement évident que tout le monde abuse de sa bonté et fait preuve d’un mauvais esprit honteux, “Trait d’union”, ainsi qu’il sera surnommé pour les besoins de la communication radio, a une explication rationnelle pour chaque comportement.

Le combat contre la montagne n’étant pas suffisant pour prétendre à l’exploit, il s’agira aussi de s’accommoder des porteurs Yogistanais et tout particulièrement d’un, Pong, le préposé à la tambouille la plus odieuse qu’il aura été donné aux alpinistes de manger.

Je suis tombé sur ce petit bouquin par hasard. J’avoue qu’en dehors de la jolie illustration de couverture qui donne bien le ton, la première phrase du résumé m’a d’emblée bien plu.

Quand vous vous balancez désespérément au bout d’une corde de trente mètres, il est important de savoir que l’homme qui se trouve à l’autre bout est un ami.

Du début à la fin, l’auteur use de cet humour absurde dont les anglais ont le secret. Le décalage permanent entre les actions lamentables de la fine équipe de bras cassés et la perception du narrateur est un régal. L’histoire ne déborde pas d’action, mais, grâce à une élégante maitrise des effets stylistiques et du comique de répétition, on est porté jusqu’à la fin. Moi en tout cas, je l’ai été. Notez au passage que la première édition date de 1956, ce qui, même si l’œuvre semble assez méconnue, nous autorise tout de même à parler d’un classique.

Une petite découverte qui m’a franchement donné le sourire. Je recommande sans hésiter.

La bande dessinée du jour – L’Aigle sans orteils (Lax)

L'aigle sans orteils - Lax

L'Aigle sans orteils - Lax

Cet album, sorti en 2005 dans la collection Aire Libre chez Dupuis, c’est l’histoire d’une époque. Enfin… cet album c’est aussi l’histoire d’un lieu. On pourrait dire en fait, un lieu à une époque. Voila. Mais c’est surtout l’histoire d’une course, mythique s’il en est : le Tour de France à ses débuts.

En 1907, Amédée Fario fait ses classes dans le 14ème régiment d’artillerie de Tarbes. Lui et quelques autres ont été chargés d’une mission. Il s’agit de monter les lourdes caisses de matériel destinées à l’observatoire en haut du Pic du Midi, dans les Pyrénées. Sur ce chantier, Amédée se lie d’amitié avec un astronome, Camille Peyroulet.

L’homme est passionné de cyclisme et, coupé du monde comme il l’est en ce lieu, il se trouve fort aise qu’Amédée puisse lui remonter l’Auto, le journal organisateur du Tour. Ce dernier, le lisant au passage, ne tarde pas à attraper le virus. La quille arrivée, Amédée continue de se faire embaucher comme porteur – il n’existait alors pas de téléphérique pour le ravitaillement – et la relation entre les deux hommes perdure.

C’est décidé, dès qu’il aura assez d’argent, il se paiera un vélo. Un Alcyon tout neuf. C’est décidé, il sera lui aussi un géant de la route. Si le destin veut bien sourire…

De Lax – Christian Lacroix de son vrai nom -, j’avais déjà lu Les chevaux du Vent, qu’il a scénarisé. Bande dessinée excellente dont j’attends impatiemment la suite. Je découvre que l’homme aime le vélo, et quand on lit l’Aigle sans orteils, ça se voit. Un bel hommage est rendu à ces héros qui prenaient la route en ce début de siècle, boyaux en bandoulière, sur leurs bicyclettes alors rudimentaires, à l’assaut des kilomètres de mauvaises routes et notamment des cols caillouteux.

Histoire d’une belle amitié entre deux hommes, histoire montagnarde… tranche de vie d’avant guerre, cette guerre dont tous ne reviendront pas. Cette bande dessinée m’a beaucoup plu. Le dessin, sobre et soigné, sert magnifiquement un scénario original qui tient en haleine tout du long. Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop dévoiler les détails, mais assurément je recommande.

J’ai découvert ce soir qu’il existe une suite, sortie en 2009, Pain d’Alouette, chez Futuropolis. C’est sur ma liste de lecture.

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