La chronique du samedi #9 – Petits pas à Noël.

La route de Tarascon avec promeneur - Avril 1888 - Van Gogh

La route de Tarascon avec promeneur - Avril 1888 - Van Gogh

Ah ah ! N’allez surtout pas croire que je cherche à me vanter, mais il ne vous aura pas échappé qu’aujourd’hui c’est Noël. Non que j’y sois pour quelque chose… dans l’affaire de la naissance de Jésus j’ai un alibi en béton. Mais vous noterez simplement que je vous avais mis en garde dès la chronique numéro quatre et que vous me sembliez alors bien sceptiques. D’ailleurs, soit dit en passant, pour répondre à la question qui était alors posée, on m’a signalé que l’on peut acheter dans certaines grandes surfaces des galettes des rois depuis déjà deux bonnes semaines. Ayons tous ensemble une pensée pour les pauvres rois Mages qui doivent s’ennuyer fermement, enchainant les belotes et les demis, alors que Marie prend son temps pour accoucher. En un sens c’est bien fait. C’est ce qui arrive quand on ne fait pas les choses dans l’ordre.

C’est Noël, donc. Alors comme cette année encore on n’aura pas pu éviter cela, je vous le souhaite joyeux. A cette heure vous êtes probablement attablés en famille, autour de l’apéritif. Vous allez faire un bon repas. Manger et boire comme des cochons. C’est bien. Je suppose que c’est plus ou moins ce à quoi nous aspirons tous dans ce monde. Et je ne suis pas aujourd’hui d’humeur à vous blâmer parce que d’autres ont faim. Ayez éventuellement une pensée pour eux… Mais si vous n’êtes pas disposés à faire quelque chose, ne soyez pas trop hypocrites non plus.

Savourez la dinde, le gibier, le foie-gras, les huitres… ou quoi que ce soit d’autre que vous ayez au menu. Chez nous c’est du chevreuil. Appréciez le fromage. Dégustez la bûche. Faites honneur au Champagne, au Sauternes, au rouge, au blanc… au soda même, à supposer que vous assumiez pleinement votre manque total du goût le plus élémentaire. C’est votre repas, pas le mien.

Et éventuellement, entre la dernière assiette de bûche du dessert et la première part de tarte de quatre heures, pensez à faire une petite promenade digestive. Les chaussures que vous avez laissées hier soir au pied du sapin, et retrouvées ce matin remplies de cadeaux, rechaussez les. Et allez donc faire un tour jusqu’au bout du chemin. Ça peut vous faire le plus grand bien. Même la télé vous le dit. N’avez vous pas vu cette campagne ? Il faut bouger mes amis. Vous remuer. A deux pas de chez moi, à Marseille, des petits panneaux signalétiques ont été apposés pour m’indiquer où je peux aller à pieds en dix ou trente minutes. J’applaudis des deux mains.

Non non, sérieusement hein. Parce qu’attendez… ça n’est pas évident pour tous le monde. Le Marseillais qui ne sait pas que l’on peut aller des Cinq Avenues au Vieux-Port en un quart d’heure en descendant tranquillement Libération et la Canebière… il faut bien lui dire. Et celui qui se désespère parce que mois après mois il prend du poids, heureusement que les médias sont là pour lui apprendre qu’il peut lutter en s’activant un peu. La vie est quand même bien faite. Enfin… pour parler franchement il m’arrive souvent de penser que c’est risible. Quand même. Après que la télévision ait contribué des décennies durant à nous faire rester assis dans nos canapés, c’est elle qui nous somme de nous bouger un peu. Mangez bougez !… qu’on vous dit.

Qu’on se comprenne bien. Je ne m’oppose pas à ces campagnes de sensibilisation. Oui il faut se bouger. Oui c’est bien de marcher trente minutes par jour. Quand la nuit ne tombe pas à cinq heures, je rentre moi même du travail à pied assez régulièrement, ce qui me fait déjà largement la demi-heure. Et en dehors de me vider l’esprit ça me fait le plus grand bien physiquement. Non, ce que je trouve un peu triste, c’est la nécessité d’une telle campagne. Parce qu’en moyenne, on ne marche plus assez.

Je connais nombre de gens qui rechignent à l’idée de marcher un petit quart d’heure pour aller d’un point à un autre. Des gens qui ont bien du mal à ne pas prendre leur voiture pour se déplacer. Oh, je ne veux accabler personne. Les situations doivent être étudiées au cas par cas. Les mauvaises excuses sont des fois presque valables. Je rigole là… mais il faut que je fasse attention avec ça. J’ai des fois le sentiment d’être un intégriste de la marche. Il ne faudrait pas qu’à me montrer trop taquin mon amitié avec certaines personnes soit mise à pied.

Moi qui ai choisi de ne plus avoir de voiture depuis bientôt cinq ans, je suis content de pouvoir compter sur celles des copains  lors de certains de nos déplacements. Je l’avoue et l’assume, pas de problème avec ça. Mais malgré tout, en ville, les bagnoles m’emmerdent. Je suis convaincu que dans plus de la moitié des cas on pourrait s’en passer. Prendre des transports en commun… un vélo… et pourquoi pas, marcher. Enfin je ne tiens pas spécialement à ouvrir le débat en ce jour de Noël, jour de trêve et de réjouissance. Je le garde sous le coude.

Vous qui me lisez, peut être marchez vous ? Peut être, comme moi, aimez vous à l’occasion grignoter les kilomètres ? Arpenter le bitume ? Parcourir les sentiers ? Pour explorer les villes ou franchir les collines. Armé d’une simple paire de pompes ou de godasses de randonnée. En week-end ou en vacances. Pour une heure ou une semaine. Personnellement j’adore.

Après, de vous à moi, vous faites bien comme vous voulez. Si vous n’avez pas envie de bouger trente minutes par jour comme vous le dit la télévision, et bien ne le faites pas. Restez assis ! Prenez l’ascenseur ! Prenez votre voiture ! Ne sortez pas le week-end ! Vous êtes libre. Complètement libre. Churchill avait de l’embonpoint, et ne faisait jamais de sport. Je sais que ça ne prouve rien, mais notez qu’un jour il est mort.

Voila voila. C’est un peu tout ce que je voulais vous dire pour cette fois. Chronique light. C’est les Fêtes, je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps. Et puis on m’attend à table. Un ventre en plus ne sera sans doute pas de trop.

Ah tout de même… juste avant de vous quitter, je voulais partager avec vous une information que j’ai trouvé amusante. Comme on parle de marche… sachez que le passage piéton d’Abbey Road, immortalisé sur une pochette de disque des Beatles, est depuis peu inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et oui. Quelques vieux clous et quelques traits de peinture sur une route. Mais surtout un mythe pour des millions de fans. Mais je m’interroge…

La France a récemment fait classer son repas gastronomique. L’Angleterre, elle, fait classer des vieux clous. Quelle est donc la conclusion à tirer de cela ? Je vous pose la question. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…

La chronique du samedi #4 – Têtes de gondoles : l’entrave des confiseurs.

Tête de gondole de confiseries et chocolats

Tête de gondole de confiseries et chocolats

Ces derniers temps, je commençais sérieusement à avoir des soupçons. Je n’abordais pas le sujet, préférant laisser couler un peu d’eau sous les ponts, regardant les éléments se mettre en place. Mais depuis maintenant une quinzaine de jours j’en suis totalement certain, et je peux vous l’annoncer ici joyeusement : Noël est là !

C’est parti, vous pouvez ressortir le sapin en plastique (ou en commander un vrai de quatre mètres) et grand-mère, préparer vos petits souliers,  dresser la table et acheter du Spasfon…  L’orgie commence et on va s’en envoyer sévère derrière la cravate, c’est moi qui vous le dit.

Alors je sais, vous, sceptiques comme pas deux, vous allez me dire que je craque, que je suis carrément en avance, vu qu’il reste quand même plus d’un mois avant la date officielle. Ça représente mine de rien une petite douzaine d’occasions de se la jouer aventurier séducteur en arborant fièrement sa barbe de trois jours – ne vous embêtez pas à refaire le calcul, vous pouvez me faire confiance.

Noël - Cdiscount.com

Noël - Cdiscount.com

Seulement voila, pardon, mais je suis forcé de vous dire que vous vous trompez complètement. Si si. Déjà parce que ce n’est pas en vous rasant tous les trois jours que vous aurez la moindre chance de faire un père Noël crédible au goûter des enfants. Sincèrement. Enfin, à la limite, on dira que ça c’est votre problème. Moi c’est simplement pour rendre service que je vous préviens.

Noël - Fnac.com

Noël - Fnac.com

Mais ce que je voulais surtout dire, pour vous prouver que vous n’avez vraiment rien compris, c’est que si vous surfez un peu sur les gros sites du net, vous allez vite vous rendre compte que ceux-ci ont revêtu leur tenue d’apparat.  De même, si vous vous activez un peu et que vous sortez dans votre hypermarché préféré faire vos courses – j’espère ceci dit que vous y avez pensé avant, parce que je vous rappelle qu’on est samedi et qu’à cette heure acheter un paquet de nouilles vous en prendra facilement deux -, vous observerez les premières décorations et vous constaterez comme moi que les foies gras, saumons fumés, chocolats, papillotes et confiseries en tout genre ont passablement envahi les lieux. Si rien n’est fait, dans une semaine on ne pourra plus circuler dans les allées sans embuche. Ou alors glacée.

Je ne parle même pas de la télé et des grands classiques comme les rennes de la publicité canalsat, qui cette année ont du un peu trop forcer sur les psychotropes… Sans déconner, qu’est ce que c’est que ce spot ? Enfin, passons.

Donc, Noël est là. Quoi ? Ah, très bien, vous ne me croyez toujours pas. Vous êtes têtu un peu non ? Je vous signale que même la radio le dit :

(Extrait de cet article RTL : C’est déjà Noël dans les magasins et les catalogues !)

Le signal a été envoyé, rentrez dans la bulle légère et lâchez vous en consommation ! Et plus vite que ça je vous prie. Rien qu’en ligne, on prévoit déjà que le montant des achats se montera à six milliards d’euros. Alors ne faites pas comme tous ces insouciants qui attendent le dernier moment… commandez tout de suite ! En double même tant qu’à faire, on n’est jamais trop prudent.

Hum.

Allez, soyons sérieux un peu. On pourrait croire que je suis innocent et naïf, et que je me figurais encore que Noël est une fête religieuse destinée à célébrer la naissance de Jésus. Évidement pas. Je sais dans quel système nous vivons. Je sais que le commerce des biens de consommation, fussent ils inutiles, est pour un moment encore le moteur du monde. Mais tout de même… n’y a t-il pas un côté profondément ridicule à anticiper à ce point les fêtes de fin d’année ?

On a coutume de dire que l’important n’est pas l’arrivée, mais le chemin. Ne se gâche t-on pas purement et simplement le plaisir de Noël à emprunter un si long chemin pour y parvenir ? Ne s’expose t-on pas à constater avec déception qu’on a fait… tout ça pour ça ? Et le tout, simplement pour le bien de la sacro-sainte croissance – c’est toujours ça qui est encore un peu sacré vous me direz…

Entendons nous bien, je ne suis pas du tout anti-fêtes. Ça n’est pas un rejet massif de Noël que je cherche maladroitement à exprimer ici. Non, ça serait plutôt le contraire. J’ai eu dernièrement l’occasion d’en discuter brièvement : notre problème serait peut être que nous n’avons pas encore assez de fêtes. Le mois de novembre débute sur Halloween. Ça c’est bon. Enfin c’est bon… moi personnellement, et si vous me passez l’expression, Halloween ça me touche un peu une citrouille sans faire bouger l’autre, dans la mesure où ça ne m’évoque pas franchement de souvenirs d’enfance. Mais soit, admettons qu’il faille faire des efforts et qu’on valide Halloween. La Toussaint, bon, ça n’est pas franchement une fête, ni la célébration de l’armistice du 11 novembre… Non, il faut voir les choses en face, entre le 1er novembre et le 25 décembre il n’y a pas de fête officielle qui concourrait à la joie collective dans nos cœurs. Walou. Enfin… il y aurait bien deux petites choses : le beaujolais nouveau – qui est arrivé – et le téléthon… mais d’aucuns disent que boire le premier provoquerait des trous dans l’estomac et que regarder le deuxième ferait fondre le cerveau… j’hésite…

Au lieu de préparer les fêtes de fin d’année des mois avant, avec pour seule finalité de toute manière qu’on va finir bourrés, malades, et chercher comment se débarrasser discrètement de nos trucs inutiles, créons des fêtes ! La fête des mères, des pères, des grand-mères, des voisins… tout ça bon, ça existe. Il y a le 1er mai, qu’on peut considérer d’une certaine manière comme une fête des ouvriers, et le 16 octobre, fête des patrons. Plus quelques autres… Mais ces fêtes ne riment souvent à rien d’autre qu’un geste commercial. Et puis il s’agit plus – sauf pour les voisins – de célébrer un lien entre deux personnes que de communier dans une bonne humeur communicative.

Je vous le dis, il faut qu’on invente d’autres choses ! Par exemple, je viens de découvrir l’existence du Movember, un évènement masculin qui a lieu dans plusieurs pays anglo-saxons, consistant à se laisser pousser la moustache tous le mois de novembre. C’est convivial ça. Pas mal pour entamer spontanément des discussions avec les inconnus dans le métro.

« Bonjour monsieur, belle moustache ! Félicitations !
- Merci merci. Comment va la votre ?
- Comme-ci comme ça ces derniers temps… mais ça s’arrange depuis que j’ai changé d’après shampooing à moustache !
- Celle de votre ami en tout cas a bien fière allure.
- Vous… vous parlez de ma femme ?
- … »

Si vous connaissez comme ça des fêtes ou mouvements originaux, ou si vous avez quelques idées… n’hésitez pas à balancer en commentaire. On fera le tri. Parce que là, je le vois venir gros comme une maison… je vais bouger de chez moi faire un tour en ville… et à tous les coups je vais croiser trois fois le père Noël avec ses «Ooww Ooww Ooww !»  – ou peut être « Hoow Hoow Hoow », je me demande si je ne confonds pas le gros bonhomme rouge et le géant vert, enfin je suis daltonien de toute façon – et ça va m’énerver.

Surtout que je ne sais jamais quoi faire comme cadeaux à Noël. Alors avec toutes leurs conneries censées diffuser une ambiance festive, en fait ils me mettent une énorme pression. Pourtant à chaque fois je me promets que l’année suivante j’anticiperai… à chaque fois… mais c’est comme pour les trains – voir chronique précédente -… je crois que je ne suis pas génétiquement programmé pour savoir être en avance.

Bref. Je vous souhaite quand même un bon samedi, et je vous laisse faire vos listes, bande de petits consommateurs.

Ah… avant que vous ne partiez… il demeure encore une chose qui me travaille et que je voulais partager avec vous. Sachant que l’épiphanie est officiellement le 6 janvier, à quelle date verra t-on cette année les premières galettes des rois ?

Je vous pose la question. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…