Ah ah ! N’allez surtout pas croire que je cherche à me vanter, mais il ne vous aura pas échappé qu’aujourd’hui c’est Noël. Non que j’y sois pour quelque chose… dans l’affaire de la naissance de Jésus j’ai un alibi en béton. Mais vous noterez simplement que je vous avais mis en garde dès la chronique numéro quatre et que vous me sembliez alors bien sceptiques. D’ailleurs, soit dit en passant, pour répondre à la question qui était alors posée, on m’a signalé que l’on peut acheter dans certaines grandes surfaces des galettes des rois depuis déjà deux bonnes semaines. Ayons tous ensemble une pensée pour les pauvres rois Mages qui doivent s’ennuyer fermement, enchainant les belotes et les demis, alors que Marie prend son temps pour accoucher. En un sens c’est bien fait. C’est ce qui arrive quand on ne fait pas les choses dans l’ordre.
C’est Noël, donc. Alors comme cette année encore on n’aura pas pu éviter cela, je vous le souhaite joyeux. A cette heure vous êtes probablement attablés en famille, autour de l’apéritif. Vous allez faire un bon repas. Manger et boire comme des cochons. C’est bien. Je suppose que c’est plus ou moins ce à quoi nous aspirons tous dans ce monde. Et je ne suis pas aujourd’hui d’humeur à vous blâmer parce que d’autres ont faim. Ayez éventuellement une pensée pour eux… Mais si vous n’êtes pas disposés à faire quelque chose, ne soyez pas trop hypocrites non plus.
Savourez la dinde, le gibier, le foie-gras, les huitres… ou quoi que ce soit d’autre que vous ayez au menu. Chez nous c’est du chevreuil. Appréciez le fromage. Dégustez la bûche. Faites honneur au Champagne, au Sauternes, au rouge, au blanc… au soda même, à supposer que vous assumiez pleinement votre manque total du goût le plus élémentaire. C’est votre repas, pas le mien.
Et éventuellement, entre la dernière assiette de bûche du dessert et la première part de tarte de quatre heures, pensez à faire une petite promenade digestive. Les chaussures que vous avez laissées hier soir au pied du sapin, et retrouvées ce matin remplies de cadeaux, rechaussez les. Et allez donc faire un tour jusqu’au bout du chemin. Ça peut vous faire le plus grand bien. Même la télé vous le dit. N’avez vous pas vu cette campagne ? Il faut bouger mes amis. Vous remuer. A deux pas de chez moi, à Marseille, des petits panneaux signalétiques ont été apposés pour m’indiquer où je peux aller à pieds en dix ou trente minutes. J’applaudis des deux mains.
Non non, sérieusement hein. Parce qu’attendez… ça n’est pas évident pour tous le monde. Le Marseillais qui ne sait pas que l’on peut aller des Cinq Avenues au Vieux-Port en un quart d’heure en descendant tranquillement Libération et la Canebière… il faut bien lui dire. Et celui qui se désespère parce que mois après mois il prend du poids, heureusement que les médias sont là pour lui apprendre qu’il peut lutter en s’activant un peu. La vie est quand même bien faite. Enfin… pour parler franchement il m’arrive souvent de penser que c’est risible. Quand même. Après que la télévision ait contribué des décennies durant à nous faire rester assis dans nos canapés, c’est elle qui nous somme de nous bouger un peu. Mangez bougez !… qu’on vous dit.
Qu’on se comprenne bien. Je ne m’oppose pas à ces campagnes de sensibilisation. Oui il faut se bouger. Oui c’est bien de marcher trente minutes par jour. Quand la nuit ne tombe pas à cinq heures, je rentre moi même du travail à pied assez régulièrement, ce qui me fait déjà largement la demi-heure. Et en dehors de me vider l’esprit ça me fait le plus grand bien physiquement. Non, ce que je trouve un peu triste, c’est la nécessité d’une telle campagne. Parce qu’en moyenne, on ne marche plus assez.
Je connais nombre de gens qui rechignent à l’idée de marcher un petit quart d’heure pour aller d’un point à un autre. Des gens qui ont bien du mal à ne pas prendre leur voiture pour se déplacer. Oh, je ne veux accabler personne. Les situations doivent être étudiées au cas par cas. Les mauvaises excuses sont des fois presque valables. Je rigole là… mais il faut que je fasse attention avec ça. J’ai des fois le sentiment d’être un intégriste de la marche. Il ne faudrait pas qu’à me montrer trop taquin mon amitié avec certaines personnes soit mise à pied.
Moi qui ai choisi de ne plus avoir de voiture depuis bientôt cinq ans, je suis content de pouvoir compter sur celles des copains lors de certains de nos déplacements. Je l’avoue et l’assume, pas de problème avec ça. Mais malgré tout, en ville, les bagnoles m’emmerdent. Je suis convaincu que dans plus de la moitié des cas on pourrait s’en passer. Prendre des transports en commun… un vélo… et pourquoi pas, marcher. Enfin je ne tiens pas spécialement à ouvrir le débat en ce jour de Noël, jour de trêve et de réjouissance. Je le garde sous le coude.
Vous qui me lisez, peut être marchez vous ? Peut être, comme moi, aimez vous à l’occasion grignoter les kilomètres ? Arpenter le bitume ? Parcourir les sentiers ? Pour explorer les villes ou franchir les collines. Armé d’une simple paire de pompes ou de godasses de randonnée. En week-end ou en vacances. Pour une heure ou une semaine. Personnellement j’adore.
Après, de vous à moi, vous faites bien comme vous voulez. Si vous n’avez pas envie de bouger trente minutes par jour comme vous le dit la télévision, et bien ne le faites pas. Restez assis ! Prenez l’ascenseur ! Prenez votre voiture ! Ne sortez pas le week-end ! Vous êtes libre. Complètement libre. Churchill avait de l’embonpoint, et ne faisait jamais de sport. Je sais que ça ne prouve rien, mais notez qu’un jour il est mort.
Voila voila. C’est un peu tout ce que je voulais vous dire pour cette fois. Chronique light. C’est les Fêtes, je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps. Et puis on m’attend à table. Un ventre en plus ne sera sans doute pas de trop.
Ah tout de même… juste avant de vous quitter, je voulais partager avec vous une information que j’ai trouvé amusante. Comme on parle de marche… sachez que le passage piéton d’Abbey Road, immortalisé sur une pochette de disque des Beatles, est depuis peu inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et oui. Quelques vieux clous et quelques traits de peinture sur une route. Mais surtout un mythe pour des millions de fans. Mais je m’interroge…
La France a récemment fait classer son repas gastronomique. L’Angleterre, elle, fait classer des vieux clous. Quelle est donc la conclusion à tirer de cela ? Je vous pose la question. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…



