La chronique du week-end #18 – Forages, vrai désespoir… Gaz de schistes un débat à creuser.

Industrie pétrolière et gazière

Industrie pétrolière et gazière

Il y a quelque temps, une des mes chroniques avait pour thème l’écologie. Les plus observateurs d’entre vous – enfin, d’entre ceux qui viennent de temps en temps lire dans le coin – auront remarqué que la série des petites idées écolo du quotidien n’a pas encore commencé. Gageons que cela viendra vite. En attendant, j’avais envie aujourd’hui d’aborder un sujet dont on commence à beaucoup entendre parler un peu partout, j’ai nommé… le gaz de schistes.

Il y a encore quelques jours, si j’avais bien vu passer le terme à plusieurs reprises, je ne m’étais pas encore arrêté dessus pour étudier la question. C’est désormais chose faite. Et à supposer que vous soyez dans la même ignorance que moi précédemment, je vais me faire un devoir d’essayer, le plus simplement possible, de faire de vous des individus éclairés. Déjà parce que je suis sympa. Et parce que honnêtement, j’aime autant que vous sachiez.

Pas mal de ressources sur le sujet fleurissent ces derniers jours sur la toile. J’en ai parcouru un certain nombre, que je vais tacher de globalement résumer. Dans la mesure où je ne suis pas un expert scientifique et où il m’est assez difficile d’évaluer la véracité de ce qui est énoncé par ci par là… je ne vais pas rentrer trop dans les détails. Mais ce n’est de toute façon pas l’idée. Si vous êtes vraiment intéressés… vous parviendrez bien vous même à creuser un peu plus le sujet.

Avant tout, commençons par le commencement. Le gaz de schistes, qu’est ce que c’est ? C’est un gaz dit non conventionnel. Vous voila bien avancés non ? Bon, ce que j’ai compris de l’histoire, c’est que dans le sous sol de notre Terre, les hydrocarbures (pétrole, gaz…) se forment suite à la dégradation de matières organiques. Suivant la perméabilité du milieu géologique dans lequel ils se forment, ces hydrocarbures vont évoluer de différentes façons. Une possibilité est qu’ils remontent petit à petit vers la surface, pour finir emprisonnés, en quantité importante, sous une couche imperméable. Nous avons alors une grosse poche de pétrole ou de gaz qu’un simple forage permettra d’extraire. Nous parlerons là d’un gisement conventionnel. Le gaz de schistes, celui qui nous intéresse aujourd’hui, est un gaz qui s’est formé dans une roche très compacte, quasiment pas perméable. De fait, il n’a pas pu remonter vers la surface et se retrouve disséminé en de petites quantités dans un très gros volume rocheux. En clair, et si vous me passez l’expression, pour l’extraction, c’est plutôt merdique. Et cette dernière caractéristique, d’une façon générale, qu’elle soit due à la profondeur ou à l’éparpillement, c’est celle qui caractérise les gisements non conventionnels.

Ce qu’il est intéressant de savoir, c’est que la prise en compte dans l’évaluation des réserves mondiales de gaz des gisements non conventionnels modifie grandement la répartition entre les différentes régions de la planète. Pour faire simple, disons que si on ne compte que les gisements qui étaient jusque là assez facilement exploitables, et donc rentables, on en trouve plus de 30% en Russie, 15% en Iran, 15% au Quatar et près de 10% entre Arabie Saoudite, Irak et Emirats Arabes-Unis. De leur côté, des gros consommateurs d’énergie comme l’Europe et l’Amérique du Nord détiennent respectivement 3,5 et 4% de ces réserves. (source : Quel avenir pour le gaz naturel ? / sciences.gouv.fr)

Si l’on s’intéresse au gaz de schistes, en revanche, je suis tombé sur une estimation – à prendre avec des pincettes – de cinq cent mille milliards de mètres cube. Évidement, dit comme ça… on se représente assez mal… Mais si on considère que ce volume équivaudrait grosso-modo au triple des réserves conventionnelles restantes, et que de ce fait, l’exploitation de ces “nouveaux” – nous reviendrons sur ce point – gisements retarderait de plus d’un siècle la date critique d’assèchement du dernier forage… on réalise un peu mieux. Et pour le coup, près de 45% des réserves seraient sur le continent américain, à savoir pas loin de 25% entre les Etats-Unis et le Canada, et près de 20% en Amérique du Sud. (sources : Le gaz de schiste : géologie, exploitation, avantages et inconvénients / Ens Lyon et Réserves de gaz naturel / Verdura). Même si je ne certifie en aucun cas ces chiffres, on peut tout de même facilement imaginer que tout cela a de quoi changer quelque peu la géopolitique du monde…

Oui parce que voyez vous – et là je pense que je vais à coup sûr vous apprendre quelque chose -, vue la croissance de nos consommations années après années, l’enjeu de l’indépendance énergétique est majeur pour tout pays qui se respecte. C’est ainsi. Et que ça vous plaise ou non mes amis… laissez moi vous dire que c’est bien pareil.

Pendant très longtemps, l’exploitation du gaz de schistes a été laissée de côté. Pourquoi ? Et bien je l’ai un peu expliqué plus haut, celle-ci est bien plus complexe a réaliser que l’exploitation du gaz conventionnel. Elle nécessite des forages profonds et des techniques de pointes pour un résultat très incertain. Autrement dit, cela n’était tout simplement pas rentable. Mais c’était sans compter sur nos frères d’Outre-Atlantique – oui c’est ça, les ricains – qui, pas franchement satisfaits d’exporter des quantités de gaz alors qu’ils ont tant de réserves potentielles dans leur sol, ont travaillé d’arrache-pied à l’élaboration d’une technique efficace. Et d’une certaine manière… on pourrait dire qu’ils ont réussi… enfin on va le dire vite… pour le moment. Aux Etats-Unis et au Canada, on exploite les gisements de gaz de schistes depuis les années 90. On compte aujourd’hui là bas des centaines de milliers de forages, et la part de cette production dans la consommation énergétique globale est en constante augmentation.

Forage gaz de schistes

Forage gaz de schistes

Arrêtons nous un peu sur cette fameuse technique d’extraction qui a rendu le processus suffisamment rentable pour que démarre le business. Il s’agit de la fracturation hydraulique. N’ayez pas peur… je vous explique. Le principe est assez simple à comprendre. Dans un premier temps, un forage vertical de deux à trois kilomètres de profondeur, pour atteindre la couche rocheuse qui contient le gaz. Ensuite, on prolonge le forage horizontalement sur un bon kilomètre, de manière à couvrir une bonne surface de roche. (Voir illustration ci-contre). Ceci fait, on injecte à haute pression un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques, dans le but de fracturer la roche. Le sable et l’action de certains produits permettent de maintenir ouvertes les fissures ainsi pratiquées. Après plusieurs opérations de fracturation, on récupère progressivement les réserves de gaz maintenant libérées. Génial non ? C’est la multinationale américaine Halliburton qui a mis au point le procédé, et j’aime autant vous dire, qu’ils doivent copieusement se gaver.

Alors vous allez me dire… ok… la géologie, le gaz, la géopolitique tout ça… c’est passionnant… vraiment… mais tout de même… à la réflexion… pourquoi donc est-ce qu’on en parle de plus en plus sachant qu’on pourrait quand même un tout petit peu considérer qu’on en a strictement rien à foutre ?

J’attendais cette question. Et effectivement, maintenant que vous devez comprendre plutôt bien de quoi on cause, je vais entrer dans le vif du sujet.

L’an dernier, un petit film documentaire est sorti aux Etats-Unis. Son nom ? GasLand. Si vous comprenez un peu l’anglais…  en voici la bande annonce.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=dZe1AeH0Qz8[/youtube]

Je résume. En 2006, Josh Fox, habitant de Pennsylvanie reçoit un courrier d’une compagnie d’extraction de gaz qui lui propose cent mille dollars contre le droit d’installer des puits de forage sur sa propriété. Plutôt méfiant, il décide de se renseigner sur ces forages… et caméra au poing, il s’en va parcourir les Etats-Unis pour se rendre compte par lui même de leurs impacts. Et il en voit de consternants.

Si ce qu’on peut lire un peu partout est vrai, chaque puit peut être fracturé jusqu’à 14 fois. Chaque fracturation nécessite de 7 à 15 millions de litres d’eau – à titre de comparaison la consommation annuelle de la ville de Paris représente environ 200 millions de litres (source : Credoc – consommation et modes de vie). L’eau servant à une fracturation est certes en partie réutilisable mais… une bonne moitié n’est déjà tout simplement pas récupérée dans l’opération. Que devient elle ? Et bien… a priori… elle infiltre le sol… chargée qu’elle est de produits chimiques et quelquefois de gaz. Et éventuellement elle se mélange à des sources d’eau. Et éventuellement cette eau remonte en surface et est utilisée pour la consommation.

C’est ainsi que les images les plus spectaculaires de GasLand sont sans conteste celles résultant des expériences enflammement de l’eau coulant du robinet. Ça laisse… assez perplexe…

Alors, soyons clair. Oui, GasLand, à l’image des films de Michael Moore, est un documentaire complètement à charge. Non, objectivement, on ne saurait se faire un avis rien qu’en le visionnant. Mais le fait est, même si je ne vais pas faire le détail ici, que de plus en plus d’études voient le jour – surtout au Canada il me semble -, qui vont dans le sens d’une pollution du sol, de l’eau et de l’air tout à fait considérable causée par l’exploitation du gaz de schistes en Amérique du Nord. Et les troubles à la santé publique, si ils ne sont encore que peu évalués, pourraient s’avérer extrêmement inquiétants… Vous pouvez consulter, par exemple, cet article de l’Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique.

Le New-York Times a tout dernièrement, à son tour, lancé une petite bombe en publiant une enquête selon laquelle l’eau remontée des puits de gaz contiendrait de la radioactivité. Je trouve ça assez… sympa.

Même au delà de ces risques sanitaires… le bilan écologique et financier de l’exploitation du gaz de schistes, parait – pour le moins – des plus discutables. Si la question vous intéresse et que vous avez un peu de temps, je vous encourage très fortement – vraiment hein – à lire le rapport de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) intitulé “Gaz de schiste : Une filière écologique et profitable pour le Québec ?“.

La conclusion me semble assez claire.

Contrairement au discours qui présente l’industrie du gaz de schiste comme « propre » et en fait une importante source de développement économique au pays, notre analyse met en lumière les nombreux coûts environnementaux et financiers de cette filière pour les citoyens et l’État. D’abord, l’empreinte climatique du gaz de schiste pourrait s’avérer bien plus importante que prévu. [...] De plus, contrairement à ce qui est couramment affirmé, les émissions totales de GES du gaz naturel pourraient être similaires ou même supérieures à celles d’autres combustibles fossiles, lorsque l’on considère l’ensemble de leurs cycles de vie respectifs [...]. Par ailleurs, nos estimations des éventuelles émissions de GES de l’industrie au Québec nous amènent à conclure que le développement de ce secteur ne peut faire partie d’une stratégie sérieuse de lutte aux changements climatiques, sachant que ses émissions représentent 82 % de l’objectif de réduction fixé à partir du protocole de Kyoto et 25 % de l’objectif de réduction à atteindre en 2020. Tout indique que le développement du gaz de schiste nous éloignerait donc de l’atteinte de ces objectifs.

Et nous dans tout ça ? Parce que l’Amérique… bon… c’est loin. Alors une nouvelle fois – et ça commence un petit peu à bien faire – qu’est ce que c’est que ce besoin de nous les gonfler avec ces conneries d’écologie alors que nous en France on est tranquilles peinards avec nos superbes centrales nucléaires propres allégées en CO2 – oui bon, les déchets, heu, c’est pas le débat… -, franchement ? De quoi on parle là ? A la fin, on aimerait bien le savoir…

Permis d'exploration du territoire / Gaz de schistes

Permis d'exploration du territoire / Gaz de schistes

Et bien… allez, d’accord, il est temps. Venons en enfin au fait. Il y a un an, le 1er mars 2010, l’ex ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo a signé trois contrats d’exploration du gaz de schistes sur le territoire français. La zone concernée est répartie sur six départements du sud du pays : La Drôme, l’Ardèche, le Gard, l’Aveyron, la Lozère et Hérault. Près de dix mille kilomètres carrés. (Voir carte ci contre). Cela s’est fait très discrètement, sans consultation des élus des territoires concernés, si ce qu’on lit est vrai. Les heureux gagnants s’appellent Total et Gaz de France, associés à deux sociétés américaines, j’ai nommé respectivement Devon Energy et Schuepbach. Et c’est bien pour cela que l’affaire du gaz de schistes commence aujourd’hui à faire beaucoup de bruit.

Oh bien sûr… il ne s’agit que de contrats d’exploration, qui en principe devraient seulement correspondre à des actions de recherche de gisements à exploiter. Mais je ne vois pas cinquante raisons qui pourraient pousser Total et GDF à chercher des gisements… Devant la récente levée de boucliers, le gouvernement, en la personne notamment de Nathalie Kosciusko-Morizet, notre actuelle ministre de l’Ecologie, a donné un coup de frein. Le 4 février dernier, cette dernière à commandé une mission sur les enjeux environnementaux de l’exploitation du gaz de schistes.

Pour elle, il n’est pas question d’exploiter le gaz comme le font les Etats-Unis. Le soucis, c’est que les sociétés américaines sont actuellement les seules à maitriser la technique de la fracturation hydraulique. Et se sont bien deux d’entre elles, spécialistes dans le domaine, qui sont associées aux sociétés françaises dans cette affaire. Il y a de bonnes raisons de craindre que les lobbys gaziers pèseront de tout leur poids dans le débat.

En bref… ce qui se joue en ce moment est d’une importance assez capitale. A l’heure où il devient urgent d’agir pour réduire notre empreinte carbone, en réduisant nos consommations d’énergie et en produisant autrement, il semble assez suicidaire de s’enfoncer durablement dans cette voie à l’impact environnemental visiblement désastreux. La perspective d’importantes réserves d’énergie fossile risque de retarder d’une façon très dommageable la recherche dans le domaine des énergies renouvelables. L’humanité peut elle vraiment se le permettre ?

Maintenant que vous savez… n’hésitez pas à poursuivre votre recherche d’informations, pour vous faire votre propre idée. Je n’ai vraiment pas la prétention de connaitre la vérité sur le sujet… mais j’ai quand même la certitude que les citoyens que nous sommes devraient en masse s’y intéresser… Beaucoup de sites en parlent, des pétitions ont été ouvertes… il ne tient qu’à vous d’en savoir plus.

Alors, le territoire français prochain Eldorado du gaz de schiste ? Je vous pose la question ! Parce que moi, franchement, je ne sais pas.

 

La chronique du week-end #17 – la messe est dite et les patates sont frites

Avez-vous la frite ?

Avez-vous la frite ?

Entre vous et nous, c’est une histoire de goût qu’ils disaient. Je sais, c’est franchement facile. Mais le fait est que le parquet d’Avignon, après enquête, a confirmé que le récent décès d’un adolescent de 14 ans – le 22 janvier dernier – est bien lié à son repas dans un restaurant Quick, où les expertises ont révélé la présence de staphylocoques dorés.

Des stabilo-quoi ? Des staphylocoques dorés. Des sales germes potentiellement mortels qu’on attrape des fois dans les hôpitaux quand on venait juste se faire opérer de l’appendicite. Tenez, de mémoire, c’est le genre de saloperie qui a causé le décès de Guillaume Depardieu il y a quelques années.

Une bien triste histoire, disons le. Et une très mauvaise publicité dont Quick se serait probablement bien passé – voir message vidéo du président du groupe. Que faut-il en penser ?

Nous pourrions commencer par nous dire que cette fois c’est sûr, nous n’irons plus manger là bas. Nous taperions violemment du poing sur la table et nous n’irions plus jamais. Tel un président de la république rebondissant avec vigueur sur un beau fait divers anxiogène pour prendre une belle mesure ferme et définitive et mettre un terme à une situation franchement inacceptable. Heu… je ne pense à personne en particulier là hein… c’est une image.

Nous pourrions faire ça, donc. Mais franchement… que serait-ce à dire ? Que jusqu’ici nous nous imaginions que les grandes enseignes du burger distribuaient une nourriture saine et exempte de tout soupçons ? Franchement, que celui qui croyait cela me jette le premier Big Mac. Avec des frites.

Bien sûr il y a des contrôles. Bien sûr les règles d’hygiène sont strictes dans notre pays. Mais ce sont toujours des êtres humains sous pression qui sont en cuisine. Et l’industrie du fast-food est une histoire de business, pas de gastronomie… J’ai fait quelques jobs alimentaires pendant ma période étudiante, mais je n’ai pas eu l’occasion de tester celui d’équipier Mc Do ou Quick. Il me semble ceci dit que ceux qui s’y sont essayé n’ont jamais plus eu, par la suite, la même image de leurs burgers – ni des frites… et ça ne date pas d’hier.

Nous sommes là sur le terrain de la malbouffe, et nous le savons très bien. Dans un monde idéal – tout sujet à d’interminables polémiques qu’il soit – ce type de restauration n’occuperait certainement pas la place qui est la sienne en 2011.

Reste que… nous ne sommes pas dans ce monde idéal. Et qu’entre les extrémistes alimentaires de tous bords, demeure une majorité de gens, dans laquelle je me place, qui apprécie d’aller manger de temps en temps un steak tout gras nappé de sauce bien trop sucrée entre deux morceaux de pain. Avec des frites. Notez que cela ne m’empêche en aucun cas de saluer un certain nombre de combats moustachus de José Bové, démonteur rapide de restos -  ou peut être bien l’inverse. J’assume cette contradiction.

Avignon, j’y ai vécu presque cinq ans. Le Quick incriminé dans cette affaire, j’y ai mangé peut être une quinzaine de fois. Peut être plus. Il est bien pratique, il est juste à côté d’un grand cinéma. Je n’invente rien, de temps en temps, une petite soirée devant un film démarre agréablement par un petit diner à l’américaine constitué de burgers. Avec des frites. Et bien je n’ai jamais eu les symptômes d’une intoxication alimentaire. En revanche, je pourrais vous citer des gens – ils se reconnaitront – qui ont été malades comme des chiens, quelques jours durant, après avoir mangé du tartare de bœuf dans une brasserie de Marseille.

Moralité ? Et bien moralité, la nourriture est toujours quelque chose de sensible. Et beaucoup de précautions ne suffisent des fois pas à éviter ce genre d’incidents. La sagesse commande, évidemment, que l’on achète soi même des produits frais, à des petits producteurs de confiance, dans le but de se cuisiner des repas équilibrés. Mais même là… avec ce que l’on trouve dans nos sols… avec ce qui est utilisé comme médicaments dans les élevages… est on toujours bien certain de manger beaucoup plus sainement que si on était aller s’acheter un petit burger ? Sans oublier les frites.

Si vous n’avez pas encore eu vent de la polémique du moment qui voit notamment s’affronter les écologistes et la région Bretagne, au sujet de l’agriculture intensive et de ses conséquences, je vous invite à lire un des nombreux articles sur le sujet

Ceci étant dit, n’allez pas vous imaginer que je me fais l’avocat de Quick. Je conçois que mon discours pourrait quelque peu le laisser croire. Comptez sur moi pour brouiller les pistes, car attention… je ne sais pas vous, mais moi je n’ai pas oublié !

Je n’ai pas oublié que par le passé, l’enseigne avait déjà frôlé l’homicide… par la frite ! Souvenez vous… l’affaire se passait à Reims… une cliente glissait sur une frite et se faisait une quadruple fracture… Elle avait attaqué le restaurant en justice réclamant des dommages et intérêts. Faute de preuve suffisante de la présence réelle d’une frite sur le sol, la pauvre dame s’était vue déboutée – et sans doute dégoutée également, elle qui demandait 100.000 €. Si ça ne vous revient pas, vous trouverez ici un petit rappel des faits. Quick s’en était alors bien tiré. Bien mieux que Carrefour en tout cas, qui en décembre dernier perdait un autre procès intenté par une autre dame qui avait glissé, elle, sur une feuille de salade.

Je ne peux m’empêcher de noter que la salade provoque une fracture double et 10% d’invalidité là où la frite en cause une quadruple et une invalidité de 100%. Cela tendrait à prouver qu’il y a dans le discours des nutritionnistes un fond de vérité… la salade, comparée aux frites, ça fait quand même moins de mal. Je vous invite à y penser…

Tenez, tant qu’on est – qui a dit “lourdement” ? – dans la frite, et si vous me permettez de sauter un peu du coq à l’âne – sans aucun jeu de mot -, vous avez peut être suivi ces derniers jours l’actualité de nos voisins les Belges. Car si la Tunisie a eu sa révolution du Jasmin et l’Egypte sa révolution du Nil… et bien figurez vous que la Belgique, elle, a eu droit à la révolution des Frites.

Rien à voir avec une quelconque tentative de faire chuter qui que ce soit, ni pauvre dame, ni dictateur. Une partie de la jeunesse belge était simplement dans la rue pour dénoncer la situation politique quelque peu étrange et ô combien complexe de ce pays qui est en passe de battre le record du monde de la plus longue période sans gouvernement. Plus de 250 jours déjà… Cela dit, au besoin, on peut peut être leur refiler le notre… Mais je ne sais dire si ça serait leur rendre service…

Tout ça pour dire… Et bien tout ça pour ne rien dire en fait. Ce n’est peut être pas encore aujourd’hui que je vais m’astreindre à forcément dire des choses dans mes chroniques qui, mais vous devez bien vous même vous en rendre compte, sont plus un concentré de bêtises qu’autre chose. Déjà pas mal que j’arrive tout juste à la poster à l’heure.

Bonne semaine à vous. Essayez, si vous le pouvez, de ne quand même pas trop avaler n’importe quoi. La vie est une jungle et il faut être méfiant tous les jours. Allez savoir si un jour viendra où nous pourrons avoir confiance en tout… je vous pose la question hein… vous savez très bien que moi… franchement…

La chronique du week-end #15 – Qui ne sait rien, de rien ne doute.

Mona Lisa par Dali - 1954

Mona Lisa par Dali - 1954

Salut lecteurs. Je vais être direct, tel que vous me lisez, je suis en plein désarroi. J’ai le profond sentiment que le monde nous échappe. Une impression tenace que plus rien n’est sous contrôle. Il semble que désormais tout soit possible, sans limite… Les repères disparaissent… Les derniers phares s’écroulent. Je ne sais pas vers quoi nous allons, mais je suis lentement mais surement gagné par la peur.

Pour vous dire, j’ai perdu toute certitude quand au fait qu’il reste encore un pilote dans l’avion. Enfin, entendons nous bien, ce n’est qu’une façon de parler. Il est bien évident que les jets qui promènent gracieusement nos ministres en vacances ne décollent pas tout seuls… Mais alors même que la vague révolutionnaire prend de l’ampleur, on dirait bien que le monde dérive.

Vous voulez des exemples ? Aucun problème. Je n’ai qu’a piocher dans les dépêches qui sont tombées cette semaine.

Pour commencer, des chercheurs italiens viennent de déclarer que la Joconde serait un homme. Rendez-vous compte. Peint à l’aube du XVI ème siècle par Léonard de Vinci, accroché pour la première fois au Louvre en 1798, des millions de personnes viennent admirer chaque année le portrait de celle que l’on prenait jusque là pour Mona Lisa. Et voila l’hypothèse remise en cause.  Il s’agirait en fait de Gian Giacomo Caprotti, le jeune assistant de Léonard, que l’on soupçonne également d’avoir été longtemps son amant. La ressemblance entre les portraits certifiés du garçon et l’œuvre la plus connue au monde ne laisserait aucun doute… quel choc. Les plus grands experts en Joconde en restent  joconds. Notez… si c’était vrai… inutile de s’interroger plus longtemps sur la signification du fameux sourire énigmatique… le Giacomo se gausse simplement de notre erreur depuis cinq siècles.

Quoi d’autre ? Accrochez-vous bien. Carla Bruni Sarkozy, la première dame de France, l’a déclaré officiellement, elle n’est plus de Gauche. Non non, je ne plaisante pas. Son annonce est sans ambiguïté. Il vous faudra sans doute un peu de temps pour digérer la nouvelle. Moi même, je vous l’avoue, je m’en remets difficilement. C’est inimaginable… je n’ai rien vu venir… Alors certes, comme c’est brillamment exprimé dans la chronique de François Morel de vendredi dernier, le paysage politique français s’en trouve totalement bouleversé. Ça va être compliqué, mais il nous faut accepter les choses comme elles sont et trouver malgré tout la force de rebondir.

Ça ne vous suffit pas ? Il vous en faut encore ? Mais allons y… Le ministre de l’Education Nationale, Luc Chatel, lance l’ambitieux projet d’apprendre le calcul mental à l’école primaire. Quelle claque mes amis. Sans déconner, jusque là je pensais naïvement que depuis Jules Ferry c’était déjà le cas… Additions, soustractions, tables de multiplications récitées par cœur… Je réalise aujourd’hui à quel point j’étais dans l’erreur, et combien j’ai été éduqué dans un établissement des plus privilégiés ! Bang ! Une certitude de plus qui vole en éclat. Ça fait déjà beaucoup. Ne nous voilons pas la face, cette semaine laissera des traces…

Allez, une petite dernière. La Voix du Nord nous en a apprit une belle. Chez Tati, utiliser ses bons d’achat cadeau pour… ben pour faire des achats… peut conduire à votre licenciement. Comme je vous le dis. J’en suis effaré. Je me demande, du coup, si je ne cours pas un trop gros risque, moi qui me balade chaque jour avec sur moi un carnet de Tickets Restaurant ! Très honnêtement, je ne suis pas sur de résister à la tentation de m’en servir pour me payer à manger un jour ou l’autre. Et je ne tiens pas spécialement à avoir des ennuis… Je devrais peut être envisager de m’en débarrasser sans attendre.

Sacrée semaine. Et il faut se rappeler que le mois de janvier n’avait déjà pas été triste. Éclatait au grand jour une sinistre vérité : se soigner tue. Et oui, la chose est quelque peu bouleversante. On savait pour le tabac, l’alcool, la vitesse et la guerre… On se doutait pour la malbouffe et le cyclisme de haut niveau… Et bien sur la liste des choses mortelles, il faut maintenant rajouter les médicaments. Si vous en avez chez vous, je vous appelle à la prudence, sérieusement. Enfin, sauf pour l’homéopathie. Étrangement, elle ne semble pas concernée pour le moment.

Je vous le disais en introduction, la situation nous échappe. A tel point que je commence à douter de tout. Et si le temps n’était pas de l’argent ? Et si le travail n’était pas la santé ? Et si la disparition du chat de la mère Michel n’était qu’une sombre affaire d’arnaque à l’assurance ? Dites moi… Que croire ? Qui écouter ? Je ne sais pas… je ne sais plus… je suis perdu. Comprenez moi. Sous une carapace d’homme solide, j’ai ma fragilité. Et comme tout le monde, j’ai besoin de repères. Mais le temps passe et à ce rythme, je n’en aurai bientôt plus.

A un moment donné, pour aborder un autre sujet, j’avais cru comprendre qu’un des volets de la politique menée dans notre pays était de montrer la réussite en exemple. Je dis bien “j’avais cru”. Parce que dans les faits… je n’ai pas vraiment l’impression que ce soit le cas. Sinon il va falloir m’expliquer un phénomène étrange… Pourquoi nous les briser en discutant de la prestation minable de l’équipe de France de Football en Afrique du Sud pendant des mois, et classer le dossier du quatrième titre de Champions du Monde de l’équipe de France de Handball en deux jours ? Hein, pourquoi ? Tout ça n’a aucun sens… Si ce n’est éventuellement que les jeux de mains ne sont que des jeux de vilains. Mais même ça… depuis le but de Thierry Henry… j’en doute fortement…

Je pense que vous l’avez compris : j’ai grand besoin de certitudes. Des petites choses toutes simples. Savoir par exemple qu’en hiver, sur les Alpes, tombe la neige, me rassurerait. Vous dites ? Il n’y a que le soleil qui brilloit ? Damned. Vous ne m’aidez vraiment pas…

Autre chose alors. Il serait bon d’être sûr que le sens de l’honneur et de la dignité priment encore sur la soif de pouvoir. Que, de fait, mensonges et scandales à répétition conduisent les responsables politiques à démissionner. Non plus ? Mais alors quoi à la fin… Ce pourrait-il que la loi ne stipule pas ? Que le Coca-Light soit bien plus mauvais que le Coca ? Que le nucléaire ne soit pas une énergie propre ? Que le père Noël… Vous me fatiguez ! Je crois que je vais arrêter de discuter avec vous. Vous ne vous en rendez peut être pas compte mais vous êtes beaucoup trop négatifs.

Au lieu de ça je vais me dépêcher de conclure cette chronique et d’aller me coucher pour faire une bonne nuit. Car l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Demain j’irai célébrer la valeur travail. J’en ferai plus pour gagner plus. Et je consommerai gaiement pour générer de la croissance. Et finies les prises de tête. Le bonheur est à la portée de qui se donne un peu les moyens. D’ailleurs pourquoi vous n’en feriez pas autant ? Je vous pose la question… Parce que pour l’heure franchement moi… Je vous le dis comme je le pense… Je ne sais vraiment plus rien…

PS : j’ai emprunté le titre de ce billet à Pierre Gringore.

La bande dessinée du jour – La Confrérie du Crabe (Gallié / Andréae)

La Confrérie du Crabe - Gallié / Andreae

La Confrérie du Crabe - Gallié / Andréae

Dans un billet récent, j’évoquais le hasard, et bien figurez vous qu’il a encore frappé. Quand cherchant quelque album, furetant, l’air hagard, par la voix d’un vendeur je fus interpellé. Ayant pour un moment délaissé son comptoir, attendu qu’un client l’avait interrogé, le type présentait, fouillant dans sa mémoire, ce qu’il avait de mieux dans son rayon BD. De ses précieux conseils, moi je voulais ma part, j’ai donc tendu l’oreille à ce qu’il racontait. Au final sans attendre que ne vienne le soir, je recherchai les perles dont il avait parlé.

Parmi elles… la série que je voulais – a mon tour – vous présenter ce jour : La Confrérie du Crabe, de Mathieu Gallié et Jean-Baptiste Andréae.

Mais avant ça, laissez moi vous dire comme les bonnes bandes dessinées se méritent… La scène que j’évoque plus haut, c’était samedi dernier au Virgin, rue Saint Féréol, à Marseille. Un vendeur était donc en train  de dresser, à un client décidé à faire quelques cadeaux, une liste des bonnes BD sorties dernièrement. En passant devant la pile du dernier tome de la dite confrérie, il s’est arrêté quelques secondes pour en parler rapidement. Je résume : une petite série, en tout juste trois tomes – le troisième venant tout juste de sortir – dont on a peu entendu parler mais qui mériterait pourtant beaucoup qu’on s’y penche un peu plus.

Damned. Un petit bijou inconnu en quelque sorte ? Il n’en fallait pas dire plus pour piquer au vif toute ma curiosité !

Je suis à mon tour allé consulter un des albums de la pile. Le tome 3. D’emblée, petite claque graphique. Bien bien bien. Lecture rapide de la quatrième de couverture. C’est toujours un peu risqué de le faire sur le tome 3 d’une série qu’on ne connait pas encore, mais bon… on se forge une première impression comme on peut… En l’occurrence l’histoire m’a paru séduisante. Réflexion, action… ok, je prends. Cherchons les deux autres tomes. A… B… C… Carmen Cru (d’anthologie ça)… Chez Francisque (excellent ça aussi)… le Club des Cinq (ah ouais ça existe en BD ?)… ah voila… la Confrérie du Crabe ! Ah ben tiens… reste juste un tome 2. Évidement c’était trop beau. Et le vendeur qui annonce des délais de dix à quinze jours à partir de maintenant pour toute commande, Noël oblige. Qu’a cela ne tienne, j’embarque les tomes 2 et 3 et je vais voir du côté de ceux qui agitent les idées depuis 1954. Non, pas mes parents, la Fnac.

Je cherche dans les rayons, je ne trouve pas. J’interroge le jeune vendeur.

“La Confrérie du Crabe… oui oui, ça se vend pas, mais perso j’ai vraiment adoré ! Je pense pas avoir en rayon, mais attendez, je regarde. <tapotage sur le clavier>. Ah si, il m’en reste un. Bougez pas !”

Je ne bouge pas. Le mec cherche un peu, mais ne trouve pas.

“Bon. Je dois en avoir un quelque part mais qui a été déplacé… alors allez savoir où… Ce qu’on fait, vous me laissez votre numéro et si je le retrouve, je le mets de côté et je vous appelle, ok ?”

Ben oui, ok. Mais tout ça me semble pour le moins incertain. Enfin je note quand même que, jusque là, 100% des vendeurs BD interrogés ont adoré cette série. Ça me conforte un maximum dans mon choix. Troisième tentative. Maupetit, en haut de la Canebière. Pas en stock non plus. Par contre délai de trois ou quatre jours seulement pour commander. Allez… va pour trois ou quatre jours.

Ils n’ont pas menti, je suis allé chercher mon tome 1 ce soir en sortant du boulot. Et du coup je l’ai lu. Et du coup j’ai lu le tome 2. Et comme j’avais le tome 3 sous la main… on va peut être enfin pouvoir en parler. Parce que ça va bien deux minutes toutes ces histoires de Virgin, de Fnac, de hasard, de vendeurs et de commandes… mais il faudrait peut être veiller un peu à ne pas totalement s’éloigner du sujet. Question de respect du lecteur.

Dilemme à chaque fois qu’on parle d’un livre : bien en parler sans trop en dire. Personnellement, vous le comprendrez aisément connaissant les circonstances de cet achat, j’ai attaqué cette série un peu en aveugle, sans vraiment savoir de quoi il était question. Et de fait la surprise a été totale, et au combien agréable ! Cette surprise, vous lecteurs qui lirez peut être la Confrérie du Crabe, je m’en voudrais de vous la gâcher. Mais il va bien falloir que je vous présente un minimum d’éléments. Je n’en dirai pas plus que nécessaire.

La Confrérie du Crabe - extrait

La Confrérie du Crabe - extrait

La Confrérie du Crabe, c’est une histoire d’enfants. Dans un hôpital pour enfants. C’est une histoire d’enfants qui ont un crabe en eux. Parfois au foie. Parfois à l’intestin. Quelques fois même à la tête. Et ces enfants, dans cet hôpital, attendent de passer entre les mains des spécialistes pour être désencrabés. Seulement voila, Bernardino le sait, lui : le vrai fond de commerce de cet hôpital, ce n’est pas de soigner. Car les bouts de crabes qu’ils récupèrent, ils les conservent. Et quand ils en ont assez, ils commencent à les assembler, les coudre, les souder… Pour créer le monstre, qui mangera le monde !

Au fil des trois tomes, nous suivons donc Bernardino, ainsi que Jarvis, Nicolo, Côme et Maël dans leur quête de la vérité. Et cette quête va les mener bien plus loin qu’il ne s’étaient imaginé. Et la vérité ne sera pas tout à fait celles qu’ils attendaient. Les certitudes des plus grands vont être mises à rude épreuve, ce qui ne sera pas pour rassurer les plus petits. Car la Confrérie du Crabe, c’est une histoire de groupe, et les rapports dans le groupe sont un des points intéressants au fil des pages.

Par son graphisme tout simplement remarquable, aux variations de couleurs qui font naitre un univers fantasmagorique de toute beauté, et par son scénario d’une réelle originalité et qui ne s’essouffle à aucun moment – j’ai lu les trois tomes d’un trait – je ne peux que dire que cette série mérite effectivement très largement qu’on la lise et qu’on en parle ! Je vous le confesse comme ça se trouve, cette histoire m’a véritablement touché. Je ne savais pas de quoi il en retournait, je n’ai pas vu tout de suite vers quoi on allait, mais la fin m’a confirmé tout ce que j’avais entendu !

Vous avez certainement bien compris qu’avec des pincettes, en fait de crabe, c’est le cancer que l’on évoque. Mais au lieu d’aborder le sujet froidement et directement, c’est ici le parti pris d’une belle métaphore. L’histoire d’un combat. Un combat contre les éléments, un combat contre ses peurs et ses angoisses, un combat contre soi même, pour vivre.

Je ne vais pas vous mentir… Vous aurez peu de chances de trouver cette BD en rayon… Pour ce qui est des tomes 1 et 2 en tout cas. Mais si vous cherchez une belle série à lire ou a offrir, n’hésitez surtout pas à la commander. Enfin, il faut quand même que je précise que le vendeur de la Fnac m’a laissé un message lundi, car il avait retrouvé l’album et me le mettait de côté quelques jours. L’ami si tu me lis… ça n’aura finalement pas été utile, mais tout de même… merci ! Et vous autres… si vous êtes sur Marseille et que ce billet vous a donné envie… passez donc au Centre Bourse le récupérer de ma part…

N’hésitez pas à laisser votre critique de la BD “La confrérie du crabe” en commentaire.

La chronique du samedi #2 – Business de la détox : le péril jeûne ?

Thé détox

Thé détox

Vous avez peut-être, comme moi, regardé l’émission Envoyé Spécial de jeudi dernier. C’est depuis de longues années un de mes rendez-vous télé préférés, et je dois partager ce goût avec un bon nombre de téléspectateurs à en juger par la longévité record du programme.

Bref, le premier des reportages était consacré au phénomène de la détox. A l’heure où j’écris, il est encore consultable sur le site de France 2. Si vous n’avez jamais entendu ce terme, il faut absolument que je vous affranchisse de certaines choses : la France a gagné la Coupe du Monde de Football en 98, les tours du World Trade Center se sont effondrées le 11 septembre 2001 et le président des Etats-Unis est noir. Je charrie ? Un peu, c’est vrai. Mais il faut vous tenir informés aussi, faites un effort.

Ce que je veux dire, donc, c’est que la mode de la détox n’est pas nouvelle. Sous certaines formes, et d’autres appellations, la pratique est même millénaire. L’idée est la suivante : du fait de ce que nous mangeons, buvons ou respirons, des toxines s’accumulent quotidiennement dans notre organisme. Notre corps élimine naturellement les toxines, mais une trop grande concentration de celles-ci nuit à notre métabolisme et est à l’origine de divers maux. Une des étapes vers un profond bien-être serait donc de forcer l’élimination du surplus de toxines que nous avons en nous, ce que l’on appelle la détoxification, généralement abrégée en détox, c’est plus vendeur.

La pratique active la plus couramment mise en avant dans ce domaine est assurément le jeûne. Libéré de son travail d’assimilation de nourriture,  le corps pourrait se concentrer sur son nettoyage de l’intérieur. Qu’il soit total, ou partiel – apport limité à des jus de fruits, ou à quelques fruits et légumes riches en fibres qui favorisent le transit – le jeûne, de tout temps à eu ses adeptes.

Pour tous les gens qui ne sont pas prêts à aller jusque là, notre société de consommation propose une myriade de produits aux vertus détoxifiantes. Et à en croire le reportage, le marché se porte plus que bien. Thés, tisanes, compléments alimentaire en gélules, elixirs et autres solutions buvables… il suffit d’une recherche sur internet pour trouver son bonheur.

Oui mais… là où le bât blesse… c’est que derrière toutes ces croyances populaires se cache une dure réalité scientifique : il n’existe pas d’étude sérieuse attestant des effets positifs de la détoxification. Pire même, selon le médecin nutritionniste interrogé dans le reportage, les effets du jeûne, pour en revenir à lui, seraient totalement inverses. Notre corps veillant en permanence à assurer ses besoins en énergie, le priver d’apport en nourriture le conduirait à puiser dans ses réserves, autrement dit dans ses propres cellules, ce qui aurait pour conséquence la génération d’une grande quantité de ces fameuses toxines que le jeûne est sensé permettre d’éliminer… Damned !

Ils semblent pourtant convaincus, ces citadins que l’on voit en stage de jeûne dans le Lot. Six jours à ne boire que de la tisane dans la journée, et du bouillon de légumes le soir. Et ils le disent bien : ils ont les sens en exergue, l’esprit clair et se sentent bien. La thérapeute qui les encadre, pour la modique somme de 550€ pour la semaine, parait quand à elle bien sûre de son fait quand elle évoque ces petites poubelles de toxines que notre petit corps meurtri stocke à longueur d’année, attendant impatiemment que l’on daigne lui laisser un peu de répit pour qu’il puisse s’en débarrasser…

Mais alors, si la science réfute les bienfaits au niveau de l’organisme mais que les pratiquants les ressentent néanmoins, serait-ce purement psychologique ?

Le reportage nous présente un herboriste belge dans une forêt des Ardennes. Sa spécialité : le bouleau, et il ne chôme pas. Entre autres choses, il récolte la sève de ces arbres qu’il utilise pour élaborer un élixir aux vertus dépuratives. Son affaire n’a jamais aussi bien tourné. Il s’appuie sur la tradition et des traités d’herboristerie du XIXe siècle. Mais si les propriétés du bouleau semblent reconnues par beaucoup, aucune étude scientifique n’a été produite sur la réalité de l’action du breuvage. Dans la tête là encore ?

Un cran au dessus, présentation d’un soin proposé par une naturopathe : l’irrigation colonique. Un tuyau, de l’eau envoyée dans les intestins avec massages associés, et on lave la patiente de l’intérieur… Cette dernière est ravie, et en est persuadée : cette pratique lui permet de se débarrasser de ses toxines. D’ailleurs c’est simple, elle n’a plus d’allergies. Les médecins conventionnels, par contre, décrivent l’irrigation colonique comme totalement inutile pour le corps. Se trompent-ils ? Ou est-on une nouvelle fois face à un effet placébo ?

Le sommet du reportage d’Envoyé Spécial est sans nul doute atteint avec la présentation d’une machine high-tech de détox. Il s’agit d’une bassine remplie d’eau dans laquelle on place ses pieds. Une bobine également placée dans l’eau crée un flux ionique. Un bracelet porté au poignet diffuse dans le corps un courant de 1.5 Volts alors qu’une ceinture en bambou chauffé stimule le foie. Vous avez du mal à vous figurer la chose, je peux comprendre. Voici donc une photo de la machine ionique. Le but de cet engin ? Rééquilibrer électriquement les cellules du corps que notre mauvaise vie charge beaucoup trop positivement et qui de fait retiennent beaucoup trop les toxines. Enfin c’est ce que j’ai compris… Et je vous prierais de cesser de rire s’il vous plait. C’est très sérieux. La machine ionique coûte 400€.

Résumons rapidement. Notre monde est pollué. Notre nourriture n’est pas saine, trop grasse, trop sucrée. Nos sociétés nous stressent. Et la conséquence, c’est que notre corps nous crie à l’aide. Ce serait de l’inconscience de ne pas faire quelque chose pour compenser tout cela. Mais heureusement pour nous, des spécialistes veillent et ils l’affirment, la détox est la solution !… Et une fois tout détoxifiés, il ne nous reste plus qu’à repartir dans la course.

Ça semble un peu ridicule non ? Mais ne dit-on pas que plus c’est gros et plus ça passe ? Et n’a t-on pas déjà à maintes reprises reconnu que la peur et la mauvaise conscience provoquées chez les masses constituent d’excellents dopants de la consommation ?

Le médecin nutritionniste du reportage nous livre sa vision des choses, et il indique que les seules méthodes reconnues scientifiquement pour éliminer des toxines consistent à manger équilibré, notamment une bonne quantité de légumes, et boire suffisamment d’eau pour faire travailler ses reins. Le reste, tout le reste, serait absolument sans fondement.

Alors que penser finalement du phénomène détox ? Faut-il déplorer que des gens s’appuient sur des théories infondées pour abuser un peu de personnes ressentant un certain mal être ? Faut-il ne retenir que le résultat : le relatif bien être ressenti malgré tout, fut-il purement psychologique ? Faut-il approfondir des études scientifiques peut être insuffisantes ?

Je vous pose la question. Parce que moi, franchement, je ne sais pas…